Editoriaux - Histoire - Télévision - 2 janvier 2013

Mariage mixte : un Arabe et un Juif, c’est le top !

Pour beaucoup — et de loin les plus nombreux —, un couple mixte c’est un homme et une femme ou une femme et un homme. Erreur ! Funeste erreur ! Il n y a rien de plus démodé, de plus poussiéreux, de plus ringard que ça. Pour d’autres — de loin les moins nombreux mais les plus bruyants — un couple mixte, c’est un homme et un homme (ou une femme et une femme). Erreur ! Funeste erreur ! C’est certes très à la mode mais déjà dépassé. Et largement insuffisant. En effet, les tenants de cette dernière combinaison ne prennent pas en compte un des éléments essentiels de la modernité : le mélange ! Le mélange, carburant nécessaire du progrès de l’humanité. Le mélange qui se pare des couleurs de l’arc-en-ciel. Le mélange, garantie d’un bonheur multiracial et sans apartheid.

C’est pourquoi les formules du genre un homme + un homme, une femme + une femme sont, au moins passéistes ou, au pire, rétrogrades. Il convient donc d’aller de l’avant. Un Africain très noir et un Suédois très blond : ce sera top. Une Asiatique et une Aborigène : ce sera très chic. Un Français et un Allemand : ce sera un gage de réconciliation définitive. Une Blanche et deux Noires : ce sera encore mieux. Un musulman et un catholique : ce sera une promesse de paix civile pour la France. Un Arabe et un Juif : ce sera le top du top.

Il nous reste encore un long chemin à parcourir pour en arriver là. Mais on n’a rien sans rien. Et ce n’est pas parce que la route est semée d’embuches qu’il faut renoncer à s’y engager. Laissons du temps au temps, comme disait François Mitterrand. Le quinquennat de M. Hollande n’y suffira sans doute pas. Mais heureusement, la Constitution l’autorise à se représenter en 2017.

Pour ma part, et ayant été une fois victime d’une abominable censure, je ne peux qu’appeler de mes vœux l’avènement de ces nouveaux couples synonymes de la perfection. Et je sais pourquoi. Il y a de cela un certain nombre d’années, j’avais été invité a la télévision. L’émission était animée par le sympathique André Bercoff à qui il arrive de chroniquer sur ce site. Thème du débat : les couples mixtes. Le métissage était alors furieusement à la mode. Il l’est d’ailleurs de plus en plus comme tout bon vintage qui se respecte.

Je partageais alors ma vie avec une Antillaise. Un Blanc ou un Juif (merci de rayer la mention inutile) avec une Noire : c’était bon ça ! Nous nous retrouvâmes sur le plateau avec d’autres couples très United Colours of Benetton. Tous s’épanchèrent sur le bonheur d’être ensemble et sur la difficulté d’être un couple mixte. Il y avait là un Africain et une Normande, une Vietnamienne et un Breton. Un Congolais et une très blanche fille du Pas-de-Calais, une musulmane (sans foulard, c’était pas encore tendance) et un catholique. Et enfin, le meilleur, un Arabe et une Juive. Ils avaient surmonté des préjugés, combattu l’intolérance et l’incompréhension. Finalement, comme dans toutes les belles histoires qu’on raconte aux enfants, l’amour avait triomphé.

Puis vint notre tour. On nous demanda, comme aux autres, ce qu’était pour nous un couple mixte. Et, habité par je ne sais quel démon, je répondis : « un homme et une femme ». Un silence glacial me fit comprendre l’horreur du sacrilège. Bercoff ne m’invita plus jamais dans ses émissions. Depuis, je fais attention. J’aimerais bien passer de nouveau à la télé…

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