Mariage homosexuel : le droit d’être contre

Jeudi 18 octobre, un philosophe français a rendu public un texte analysant le projet de « mariage pour tous ».

« Il est de la plus haute importance, écrit-il, d’expliciter les véritables enjeux liés à la négation de la différence sexuelle et de débattre publiquement sur ces bases, plutôt que sur des principes, comme l’égalité, qui flattent ceux qui s’en font les porte-étendards, mais dont l’invocation pour faire passer dans la Loi le mariage homosexuel, l’homoparentalité et l’adoption par les homosexuels ne résiste pas longtemps à l’analyse. »

Il faut lire ce document qui est un pur plaisir pour l’esprit : en 24 pages d’une argumentation lumineuse, l’auteur réduit à l’état de petit bois la prétention d’un gouvernement de passage de vouloir imposer à notre société, au nom de « l’égalité », de « l’amour » et du « droit à », un bouleversement qui n’a aucun précédent dans l’histoire.

Il se trouve que ce philosophe s’appelle Gilles Bernheim, et qu’il est par ailleurs grand rabbin de France. Son texte n’est pas sans rappeler le document publié au mois de septembre par une douzaine d’hommes de formation diverse, parmi lesquels des psychologues et des juristes. « Contrairement à ce qui est soutenu, y lit-on, le mariage n’a jamais été un simple certificat de reconnaissance d’un sentiment amoureux. Le mariage a toujours eu la fonction sociale d’encadrer la transmission de la vie en articulant, dans le domaine personnel et patrimonial, les droits et devoirs des époux, entre eux et à l’égard des enfants à venir. La conception individualiste du mariage, véhiculée par le discours ambiant, ne se trouve pas dans les textes de loi. » Les signataires, en l’occurrence, forment le conseil « Famille et société » de la Conférence des évêques de France.

Dans les deux cas, ce ne sont pas des motifs religieux qui sont brandis contre le mariage homosexuel : ce sont des raisons philosophiques, sociologiques et anthropologiques, relevant de ce qu’on appelait naguère le droit naturel. En l’espèce, il ne peut donc être répliqué aux catholiques comme aux juifs qu’aucune religion n’a le droit d’imposer ses vues dans le débat public : ce n’est pas le sujet.

Ces Français seront-ils écoutés ? Auront-ils voix au chapitre ? Ou le silence leur sera-t-il opposé au nom du mur de béton de la laïcité ? Certes, il s’est déjà vu par le passé que le fait de croire en Dieu ôte le droit de s’exprimer en tant que citoyen. C’était pendant la Terreur, ou dans les pays totalitaires. Si on en est là, il faut le dire.

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