Les préparatifs sont terminés. Les troupes sont prêtes, avec banderoles et slogans. Le grand théâtre de la manif pour tous pourra déployer ses fastes ce dimanche, qui, comme certains le savent encore, a été baptisé depuis longtemps, Jour du Seigneur.

Il ne m’appartient pas ici de débattre du fond de la controverse, objet depuis des mois de belles empoignades entre laïcs et religieux, gauche et droite, sondés et experts, homophiles et homophobes, naturalistes et créationnistes, moralistes et libertaires, j’en passe et des plus pittoresques. Tout et son contraire ont été postillonnés à l’envi sur le sujet, et l’on peut en outre imaginer que, dans les foules qui, aujourd’hui, battront le pavé, se trouveront nombre de citoyens pour lequel le mariage homosexuel est le cadet des soucis, mais qui seront là parce que ce sera, pour eux, une bonne occasion d’exprimer leur ras-le-bol sur tout le reste. Comme chacun sait, la France compte aujourd’hui plus de soixante millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement. On verra s’ils ont décidé de s’agréger aux militants de l’anti-union pour tous.

Certes, les juristes nous l’ont expliqué : un referendum – même d’initiative populaire – sur la question, ne serait pas possible, car contraire à la Constitution. Mais qui aurait vraiment hurlé à la mort si l’on avait décidé de consulter le peuple sur une question qui semble, à tort ou à raison, toucher des millions de Français ? Qui pourrait crier à l’abus de pouvoir quand on les interroge directement ? Et n’évoquons pas ici leurs représentants : l’on ne peut décemment soutenir que, sur la question, les débats parlementaires aient été longs et audibles. Le chômage, la dette et la dépense publique sont déjà assez préoccupants pour y ajouter le passage en force d’une réforme dite « sociétale » dont l’urgence n’apparaissait pas franchement existentielle.

L’écrivain Bertolt Brecht évoquait un pays où une bonne partie du peuple protestait de plus en plus contre les incompétences de son gouvernement. Celui-ci, excédé, décide de changer de peuple. Cela se passe dans un pays lointain. Que vous connaissez.

12 janvier 2013

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