Quand les télés constatent une baisse d’audience significative, elles s’arrangent toujours pour reprogrammer un bon vieux film qui a déjà beaucoup servi. Genre Gabin, de Funès, Belmondo : succès garanti. Quand un chanteur fatigué sent que la salle qui l’écoute a tendance à s’assoupir, il ressort un tube de derrière les fagots. Genre Noir, c’est noir, pour Johnny Hallyday, ou La Mamma pour Aznavour : la foule chante en chœur avec lui. Quand un journaliste n’a plus grand-chose à se mettre sous la dent, il fait appel à une recette classique et éprouvée. Genre taper sur BHL : l’enthousiasme est au rendez-vous.

Bernard-Henri Lévy a donc, dans l’indifférence générale, comparé Marine Le Pen au maréchal Pétain. C’est assez banal. Plutôt quelconque. Et pas du tout original. Un vigilant nommé Édouard Frémy a débusqué cette déclaration et a estimé, connaissant sans doute son public, que flinguer quelqu’un qui s’appelle Lévy ne pouvait être que profitable. Il y a des râteliers où tout un chacun trouve la mangeaille qu’il y apporte… BHL, dans ce texte, est qualifié de « chaman tribal ». Le mot tribal venant de tribu, tous les amateurs qui ont un peu lu comprennent aussitôt de quoi, de quelle tribu il s’agit.

Mais un Lévy ne fait pas le printemps. En tout cas pas le printemps de M. Frémy. Il s’est donc intéressé à la liste des 569 parlementaires qui, le 10 juillet 1940, votèrent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, « démocratiquement élu », rappelle-t-il. Le Dictionnaire des idées reçues du côté de M. Frémy exige qu’au nom de Pétain soit obligatoirement associée cette expression. Et il a cherché et cherché. Une flopée d’Émile, d’André, de Pierre et quelques Justin lui est apparue. Pas bon, ça…

Il a continué à chercher. Eurêka ! Il a dégotté un Abraham ! Abraham Schrameck, grand-oncle, nous précise-t-il, de l’actuel président du CSA. Comme quoi, on peut être à la fois un raciologue distingué et un généalogiste de qualité.

Vichy, bien sûr, a quelques réalisations à son actif. Ainsi, en 1943, les autorités du maréchal Pétain organisèrent une exposition au palais Berlitz intitulée : « Le Juif et la France ». Le succès fut considérable. La photo d’Abraham Schrameck y figurait. Les malheurs du temps ont fait qu’une telle exposition serait aujourd’hui impossible. Mais son catalogue, très riche et documenté, peut se trouver chez les bouquinistes sur les quais de la Seine et dans quelques librairies très spécialisées. Il vaut assez cher. Mais je subodore que M. Frémy n’a pas reculé devant cette dépense.

Comme il a l’air de se passionner pour la généalogie et que – sait-on jamais – il pourrait s’intéresser à ma modeste personne, j’ai le souci de lui éviter de fastidieuses recherches. Pendant l’Occupation, les combattants juifs de la MOI tuèrent nombre d’Allemands et aussi pas mal de Vichystes. Des centaines d’entre eux furent fusillés par les nazis, d’autres furent guillotinés par Vichy. Faurisson, orfèvre en cette matière où Frémy ne fait que débuter, a écrit ceci : « De ces terroristes, le chef a été le Juif Abraham Rayski. »

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