Quand on est un gouvernement qui bat des records d’impopularité, il y a des choses qu’il vaut mieux faire au creux de l’été, quand les juillettistes croisent les aoûtiens et que la France, noyant son chagrin dans le pastis et le rosé, berce du bruit des vagues sa petite sieste postprandiale.

C’est donc en cette toute fin juillet qu’on a appris la désignation de à la tête de l’Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Un bien joli recasage pour l’ancien secrétaire général de la CGT, contraint de démissionner en janvier 2015 pour avoir confondu pied-à-terre et garçonnière de luxe, puis s’être fait installer un bureau princier dans le bunker de Montreuil.

Mais le syndicat des travailleurs n’abandonne pas ses ouailles et ledit Lepaon était toujours salarié. Comme dans la haute fonction publique, en somme : “C’est la tradition à la CGT. Quand un dirigeant remet ses fonctions et n’a pas trouvé de nouvelles responsabilités ou un nouveau job, on fait en sorte qu’il puisse vivre entre deux périodes de travail.” Bref, l’entretien du démissionnaire coûte cher au syndicat, alors monsieur Valls – quelle belle personne ! – a décidé de lui offrir un job sur mesure : patron de l’Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Créée tout exprès pour lui.

Invité mardi 2 août matin sur RTL, Thierry Lepaon se défend des méchantes rumeurs qui circulent : “C’est un vrai travail. J’aurai une indemnité pour pouvoir vivre.” Mais il refuse d’en donner le montant… Ben oui, parce que les mauvais esprits soulignent que ce nouveau machin n’est qu’un doublon de plus, puisqu’il existe déjà une Agence nationale de lutte contre l’illettrisme dont la présidente, Marie-Hélène Geoffroy, exerce bénévolement ! Et puis les mêmes se demandent en quoi Leapon est qualifié pour s’occuper de l’illettrisme. En fait, il y a une bonne raison à cela. Comme il le confiait à France Info, il a longtemps “connu des difficultés avec l’écrit lors de l’enfance”.

C’est vrai que l’idée est intéressante. Elle me rappelle la remarque touchante d’une jeune femme, longtemps illettrée elle-aussi, et qui, découvrant les joies de l’écriture, avait confié son rêve au micro : “Maintenant que je sais écrire, je voudrais être écrivain.”

Notez bien, ayant lu ces jours derniers les consignes du ministère concernant la réforme des enseignements du français pour le cycle 3 (CM1, CM2, 6e), je me demande pourquoi on se prend le chou ! On y découvre que l’étude de la conjugaison, trop complexe, est reportée à la 5e, que le passé simple ne sera plus utilisé qu’à la 3e personne du singulier et du pluriel, que l’on n’aura plus à se préoccuper des COD, COI et autres compléments circonstanciels, le tout étant noyé dans “le prédicat” de la phrase. Mais les enfants feront “des activités d’observation, de manipulation des formes, de classement, d’organisation des savoirs lexicaux : corolles lexicales ou cartes heuristiques, établissement de collections, etc.” Ah oui, et j’allais oublier : bien que le cycle 2 ait “permis l’acquisition de la lecture et de l’écriture”, on devra quand même réserver du temps aux élèves ayant “des difficultés de décodage” (sic). Pas près de faire joujou avec la corolle lexicale, ceux-là !

Autrement dit, la fabrique des illettrés va encore tourner à plein régime… Quant à Thierry Lepaon, sa nomination fait ricaner au PS : “C’est la dernière manipulation pour finir de décrédibiliser la CGT : Lepaon n’a pas de colonne vertébrale, il se répand partout pour dire que la langue française, ce n’est ni de droite ni de gauche”, dit un élu à Libération. De là à imaginer que cela retiendra Philippe Martinez de relancer la fronde en septembre…

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