Il arrive que notre Premier ministre, parmi ses multiples activités, se fasse historien. Ainsi, le 3 mars, lors d’une visite à Strasbourg pour présenter une série de mesures concernant la nouvelle formation des imams, il a déclaré que « La France est la seule démocratie occidentale dont l’identité politique moderne s’est construite contre la religion ».

Or, si personne ne niera la persécution féroce contre l’Église catholique durant la période de la terreur (prêtres noyés par Carrier dans la Loire, massacres en Vendée, destructions d’œuvres religieuses etc..), c’est aller un peu vite en besogne d’en conclure que l’identité politique de la France s’est construite contre la religion. La devise révolutionnaire "Liberté, Égalité, Fraternité" n’est pas tombée toute seule du ciel des idées mais comme l’a souligné Jean-Paul II dans son discours au Bourget en 1980, « est le fruit de siècles de Christianisme ».

Simone Weil, explique dans l’Enracinement que « les hommes de 1789 ont voulu poser des principes absolus » avec les droits de l’Homme sans reconnaître « la réalité d’un domaine au dessus de ce monde », ce qui les a fait tomber dans « une confusion de langage et d’idées » et violer les droits affirmés auparavant sous la Terreur.

Robespierre lui-même était imprégné d’une forme de christianisme rousseauiste au point que, quelque temps avant d’être guillotiné, il dénonça un peu tard les 21 et 28 novembre 1793 la déchristianisation du pays comme une « manœuvre contre-révolutionnaire » et expliqua que l’on ne pouvait être un bon citoyen si l’on ne croyait pas en une vie après la mort.

Au final, on a hérité d’un mélange de valeurs chrétiennes déracinées, les "valeurs républicaines", qui à la longue, finissent par dépérir si la société se déchristianise. Dans un autre sens du mot contre, Valls a raison, l’identité politique s’est construite contre la religion au sens où elle repose contre un mur de valeurs chrétiennes et risque de s’effondrer si ce mur se lézarde.

Au début du XXe siècle, quand les instituteurs faisaient des "leçons de morale" aux élèves, ils ne faisaient rien d’autre que d’enseigner un catéchisme républicain qui ressemblait au chrétien avec ses injonctions, « être honnête, ne pas voler, ne pas mentir… » et une dose d’hygiène suite aux découvertes de Pasteur sur les microbes.

Cela marchait bien car les valeurs chrétiennes à l’origine de cet enseignement imprégnaient encore nos campagnes mais depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, on a interdit d’interdire, respecté le droit à la différence, dénoncé l’État bourgeois et les psychanalystes se sont attaqué à la morale judéo-chrétienne, la réduisant à un surmoi voulant contrôler la libido.

Aussi, quand Valls répète à longueur de discours qu’il faut enseigner partout les valeurs républicaines et la laïcité, cela a un air de déjà vu et sonne un peu creux. Cette répétition mécanique ne suffira certainement pas à résoudre les défis posés par notre société multiculturelle.

7 mars 2015

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