Laisser dire, laisser faire et laisser passer, laisser la pluie s’égoutter sur son dos rond. Il n’est pas dit, s’il avait pu librement suivre sa pente naturelle, que François Hollande aurait pris contre Arnaud Montebourg les sanctions qu’appelait et qu’imposait son dernier et grave manquement aux règles de la solidarité ministérielle et de la discipline gouvernementale. Il n’est d’ailleurs pas certain, non plus, que le ministre de l’Économie s’attendait à la rapidité et à la brutalité de la réaction que susciteraient les propos qu’il a tenus dimanche après-midi dans la chaleureuse ambiance de sa fête de la Rose… et des épines qui vont avec. Le turbulent Arnaud avait pris l’habitude, sous Jean-Marc Ayrault, de ne rien cacher des différends qui l’opposaient au Premier ministre, et ses insolences, ses bravades, ses farces d’écolier traité en chouchou de la classe politique ne lui avaient jamais attiré de la part du Président que de bien vagues réprimandes, et prononcées sur un ton si indulgent qu’elles valaient encouragement.

Seulement, si le proviseur n’a pas changé, qui se serait sans doute contenté d’une comparution devant le conseil de discipline et d’un simple blâme pour Arnaud, assorti d’un avertissement au petit Benoît qui n’a fait que suivre son camarade, le nouveau censeur, qui n’est pas de la même trempe, était bien décidé à sévir à la première occasion.

Il faut bien reconnaître qu’il y avait incompatibilité et de forme et de fond entre l’attitude et les propos d’Arnaud Montebourg et son maintien dans ce qu’il appelle la "collégialité" ministérielle. Non seulement le ministre de l’Économie discutait et contestait les ordres venus d’en haut, mais il ne craignait pas d’indiquer la voie d’une politique de rupture exactement inverse de celle que le capitaine Cap et son second ont fixée et qui a donné les résultats que l’on sait, qui ne sont rien encore à côté de ce qu’on peut en attendre.

Quelle figure aurait fait (François Hollande s’en serait sans doute accommodé) s’il avait retrouvé à ses côtés demain mercredi, railleur et content de lui, le chahuteur qui l’avait publiquement défié. Quelle autorité lui serait-elle restée sur le reste de son équipe ?

Le Premier ministre n’a pas laissé passer, lui, l’occasion de s’imposer. Il a mis dans la balance sa démission, il a tenu un langage assez ferme et assez viril pour être immédiatement compris de son supérieur hiérarchique. Il a enfin obtenu, ce qui lui avait été refusé en mars dernier, de constituer un gouvernement resserré, à son idée et à sa main, pour ne pas dire à sa botte. Il est à prévoir qu’au moins pendant quelque temps on n’entendra plus les couacs qui étaient devenus la marque de l’orchestre du Titanic français et que le président de la République et son chef du gouvernement auront les coudées franches pour continuer dans la voie qui a valu au premier d’atteindre 83 % d’impopularité, au second de perdre en cinq mois vingt points d’opinions favorables.

Car le triomphe de est un triomphe en trompe-l’œil, une victoire à la Pyrrhus. L’éviction d’Arnaud Montebourg et de ses complices va grossir les rangs de l’opposition de gauche à François Hollande et priver définitivement le Premier ministre de l’appoint et même de la neutralité des quelque quarante à cinquante députés "frondeurs" qui le gênaient hier, qui le paralyseront demain. Déjà se dessinent les contours encore vagues mais amples d’un Front de gauche, d’un Mouvement pour la VIe République qui irait de Besancenot à Montebourg en passant par Mélenchon, Pierre Laurent, Cécile Duflot et, qui sait, Martine Aubry.

Archi-minoritaire dans le pays, la "majorité" de moins en moins plurielle est en passe de se dissoudre au Parlement. Sa division suicidaire risque fort de ne plus laisser à François Hollande que le choix qu’il aurait souhaité éviter entre sa démission et la dissolution. Si a bien joué au petit chef, il est un homme seul et il verra bientôt ce que c’est que d’être l’homme fort d’un gouvernement faible.

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25 août 2014

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