Notre est un petit taurillon. Un Catalan nerveux, teigneux même, à l’occasion, qui souffle du naseau et gratte du sabot. On l’a même vu agité de tremblements inquiétants, obligé de cramponner fermement sa main sauteuse pendant qu’il éructait contre Marion Maréchal à la tribune de l’Assemblée. Colérique. Atrabilaire. Des petits travers qui peuvent devenir de gros défauts quand on occupe sa fonction, sans compter que sa cafetière stratosphérique peut aussi exploser et nous le rendre, d’un coup, tout mou du genou.

À la décharge du Premier ministre, on reconnaît que le poste n’est pas de tout repos. Il n’y a qu’à regarder son prédécesseur pour voir comment un quinquennat sarkozien peut vous ravager un homme : le sourcil broussailleux devenu forêt vierge et le visage buriné comme Haroun Tazieff au sortir du Krakatoa.

En même temps, on ne leur a pas planté la baïonnette dans le dos pour les envoyer de force à Matignon. Fillon le voulait, il y fut. Valls l’a voulu, il y est. Et tant pis s’il rêve aujourd’hui d’en sortir parce que le bateau coule.

Alors, on imagine que les médecins lui ont dit de faire un peu relâche, à notre ami Manuel. Ils lui ont peut-être même refilé quelques bouffées de hilarant, à moins que ses anciens amis d’Évry ne lui aient vendu un peu d’herbe qui rend heureux. Bref, on a découvert ces jours-ci un Manuel Valls curieusement facétieux. Ainsi, la semaine passée, au Salon du livre, à une femme qui lui lançait "La loi El Khomri, on n'en veut pas !", le a répondu goguenard : "Eh, bah oui, mais vous l'aurez !"

Pour un peu, il allait ajouter « Dans l’c… la balayette ! » D’accord, c’est plus plaisant que « Casse-toi, pauv’ conne », mais pas sûr que l’effet soit meilleur in fine.

Toujours d’humeur farceuse, Manuel Valls a remis ça lundi chez les Meusiens. Venu inaugurer la construction d'une nouvelle usine de l'entreprise chinoise INESA et d’autres sites des groupes industriels français Safran et américain Albany, rapporte "Le Scan" du Figaro, il a répondu à un ouvrier qui l’interrogeait sur "sa capacité à réfléchir sur le long terme, malgré l'accélération du rythme liée au quinquennat" qu’il était, lui Manuel Valls, un "précaire". Et de préciser : "Moi, je suis en CDD ! Et le marché, c'est vous ! C'est les Français. Ce sont les électeurs qui choisissent." Sauf que sortir d’un CDD à Matignon, ce n’est pas tout à fait comme sortir d’un CDD chez Lidl. Et pas sûr, comme l’écrit Le Figaro, que "dans une région lorraine qui a perdu plus de 22.600 emplois industriels salariés entre 2007 et 2012, la comparaison soit très appréciée".

Au fond, Manuel Valls est un peu comme ces patrons qui vous refusent une augmentation avec un grand sourire en vous en disant : « Allons, Machin, vous n’êtes pas bien, ici ? On est une grande famille ! » À quoi un ami répondait : « Méfie-toi. Quand ton patron te parle de famille, c’est que l’inceste n’est pas loin. »

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24 mars 2016

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