La révolte qui gronde chez les fonctionnaires de la nationale revêt un caractère particulier qui met le gouvernement, et en première ligne Bernard Cazeneuve, dans une situation inédite.

En effet, si le mouvement de protestation des policiers, le 17 octobre à Paris, semble avoir pris de court le ministère de l'Intérieur, sa particularité tient au fait qu'il s'agit d'une initiative lancée délibérément en dehors de toute représentation syndicale.

Ce désaveu peut s'expliquer par deux reproches adressés par les policiers à leurs syndicats : celui de passer plus de temps à s'entre-déchirer qu'à défendre leurs intérêts, et celui d'être coresponsables de la situation qui est aussi la leur, en ce qu'ils gèrent collectivement avec l'administration, par le biais des commissions administratives paritaires, le fonctionnement de la nationale.

En ligne de mire : l'autorité hiérarchique accusée de ne pas soutenir les policiers, constat corroboré par l'ahurissante décision prise par le directeur général de la nationale, Jean-Marc Falcone, de condamner la manifestation et de diligenter une enquête en vue de sanctionner les fonctionnaires de police qui auraient manqué à leur obligation de réserve.

Il n'en fallait pas plus pour aggraver la situation et, dès le lendemain, près de 400 policiers se réunissaient devant l'hôtel de d'Évry, en soutien aux quelques chefs de groupe de la brigade anticriminalité de l'Essonne, convoqués pour d'éventuels suites disciplinaires. Le véhicule, à bord duquel se trouvait le DGPN Jean-Marc Falcone, a fendu la foule des policiers rassemblés sous les huées et les sifflements, aux cris de "démission". Du jamais vu de mémoire policière.

Depuis lors, Bernard Cazeneuve a convoqué les responsables des syndicats de au ministère de l'Intérieur, annonçant un plan de concertation dans chaque département. Sans succès.

À Marseille, Nice, Paris, Toulouse, Nancy et d'autres villes de France, les policiers ont décidé de se réunir chaque soir, sans désemparer, pour dénoncer leur "ras-le-bol" lié à leurs conditions de travail, que certains n'hésitent pas à résumer comme étant un choix permanent entre "le cercueil ou la prison".

Ce vent de révolte, auquel une grande partie de l'opinion semble adhérer, ou pour le moins comprendre les motivations, est un véritable casse-tête pour Bernard Cazeneuve, qui se retrouve dans l'impossibilité de donner raison aux policiers sans avouer l'échec de sa politique, tout en ayant l'impérieuse nécessité de gérer le conflit en passant par des interlocuteurs qui ne sont pas les bons.

Les fonctionnaires de police, déterminés à ne rien lâcher, semblent vouloir s'adresser d'abord et avant tout à l'opinion et à l'ensemble des candidats aux élections à venir, comprenant que leur sort dépend plus de ces derniers que du gouvernement en sursis.

L'enjeu concerne l'ensemble de nos concitoyens, puisqu'il s'agit, ni plus ni moins, de la sécurité publique dont les acteurs dénoncent les carences de ce qui est censé la garantir partout et pour tous : l'État.

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21 octobre 2016

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