Rassemblant près de 600 personnes le 13 décembre au soir à Paris, l’association MPC (mouvement des policiers en colère) a organisé, pour la première fois depuis la naissance de la protestation, une manifestation déclarée et autorisée en préfecture.

Parler d’un succès serait malvenu, tant l’existence de ce mouvement est symptomatique d’un échec – celui de la politique sécuritaire et du dialogue social – mais force est de constater que ceux qui ont misé sur l’épuisement et le pourrissement se sont clairement fourvoyés.

En effet, voilà deux mois que les premières manifestations se sont déclenchées, d’abord à Nice – dans l’indifférence générale – puis à Paris, avec un écho médiatique, cette fois. Des dizaines d’autres manifestations se sont déroulées un peu partout en France, regroupant parfois plusieurs centaines de policiers sans qu’aucun média ne couvre et ne relaie l’information.

Ayant tenté de reprendre la main par la voie de la répression, notamment en convoquant des fonctionnaires de identifiés comme des meneurs, la hiérarchie s’est heurtée à un mur : celui de la détermination sans faille des policiers de terrain qui n’en peuvent plus de travailler dans des conditions déplorables en risquant leur vie sans aucun soutien, et en ayant – plus grave encore – le sentiment de le faire pour rien.

Regroupant des policiers mais aussi des citoyens issus d’horizons différents, l’association MPC déroute en haut lieu, puisqu’elle court-circuite clairement les organisations syndicales dont le désaveu participe à l’impasse du dialogue entre l’exécutif et les fonctionnaires de police.

Cette première démonstration de force, visant à asseoir la légitimité de l’association qui se veut apolitique et asyndicale, devrait aboutir à ce que ses représentants soient reçus tôt ou tard par le nouveau ministre de l’Intérieur, qui n’a toutefois que peu de crédibilité quant à d’éventuels engagements du fait de sa faible longévité programmée à la place Beauvau.

Parallèlement, une grève nationale du zèle concernant les contraventions routières a été déclenchée et se traduit par une baisse significative des infractions relevées. L’occasion, pour les policiers les plus jeunes, de constater sur le terrain la réalité de ce qu’était le métier de policier lorsque celui-ci pouvait encore agir d’initiative, avant que la mise en place de la “politique du chiffre” ne soit généralisée.

L’avenir nous dira si l’association MPC est à même de cristalliser l’ensemble des policiers en colère qui ont, depuis deux mois déjà, organisé des manifestations spontanées dans de nombreuses villes de France, ou s’il s’agit d’une entité regroupant essentiellement les effectifs de la région parisienne, et dont la vocation est de se structurer en énième syndicat en vue des prochaines élections professionnelles prévues en 2018, ce qui, de facto, sonnerait le glas de son caractère “asyndical”, voire “apolitique”. La capacité de l’exécutif à acheter la paix sociale ne doit, en effet, pas être négligée.

14 décembre 2016

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