Quel réconfort de voir ce mouvement populaire toujours aussi actif, malgré sa défaite face au vote de la loi sur le mariage gay, il y a de ça un an déjà ! L’enthousiasme était à son comble au sein des différents cortèges, chantant, gesticulant à tout va au rythme de « Papaoutai ». Que dire de plus : merveilleux !

Mais la Manif pour tous n’a-t-elle pas atteint ses limites ?

Justement si : en atteste son échec cuisant l’an passé. Elle provoqua un grand retentissement mais elle n’a rien changé du point de vue juridique. La loi est là, et elle ne risque pas d’être abrogée, du moins pas avant la fin du quinquennat de François Hollande.

Ainsi se pose la question de l’utilité du droit de manifestation comme contre-pouvoir ultime de l’action populaire.

Historiquement, les mouvements populaires n’ont porté leurs fruits que par la vindicte populaire, exercée de manière virile. On appelait cela la « révolte populaire ». D’antan, ces révoltes aboutissaient à l’obtention de droits ou à la suppression de servitudes comme pour la révolte des Pitauds du 21 août 1548. Les habitants de Bordeaux souffrant d’une taxe pour le paiement des soldats massacrèrent le gouverneur et une vingtaine d’officiers de la gabelle. Cette dernière fut alors abolie pour d’autres régions.

De nos jours, le mot « manifestation » a succédé à celui de « révolte populaire ». Cette transformation sémantique est le symbole de la défaite du peuple dans son pouvoir de réaction. En effet, ce droit s’arrête au respect de l’ordre public et il est soumis à un régime préventif de déclaration préalable, contrairement — et pour cause — aux révoltes populaires d’antan.

La manifestation se traduit donc par une protestation de quelques heures dans la rue, et finit par une dispersion de la masse, qui regagne alors son chez-soi. En somme, les manifestations servent de soupape pour éviter toute révolte. Au mieux, une manifestation est un indicateur de la colère populaire, au pire elle est d’une utilité bien trop relative, du moins en France, où les moyens de contre-pouvoir sont bien cadenassés.

L’intention de manifester reste noble mais naïve dans sa croyance à faire plier le gouvernement pour abroger une loi si symbolique à leurs yeux.

Le droit de manifestation peut être perçu comme un os que l’on nous donne à mordre. Mais comment voulez-vous briser un os quand on est un « sans-dents » ?

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