Discours - Editoriaux - Politique - Presse - Table - 7 octobre 2014

La Manif pour tous fait souffler un vent de fraîcheur sur la droite…

« La Manif pour tous embarrasse la droite », lit-on dans la presse. Elle embarrasse comme « le soldat belge » qui monte la faction. Elle est franche, courageuse et butée. On ne la soudoie pas, on ne l’impressionne pas, on ne la fait pas fléchir, fût-on roi des Belges ou ancien président de la République. Vous ne voulez pas abroger la loi Taubira ? Retirez-vous, vous ne passerez pas.

Elle fait souffler un vent de fraîcheur sur la droite, pas seulement par la jeunesse de ses manifestants, mais par l’honnêteté simple, sans détour, qu’elle oppose à un monde politique roué, au discours contourné et frileux comme un vieillard : alors, vous l’abrogerez, cette loi ?

Avant, c’était bien, pour la droite. Avant LMPT, quand elle pouvait laisser dire qu’elle était conservatrice, sans plus s’avancer. Sur un malentendu, on pouvait trouver à s’entendre. Oui, la droite était conservatrice. Conservatrice de son patrimoine, de son confort, de ses valeurs… en Bourse. Car pour les autres…

Puis est arrivée LMPT, rien que pour l’embêter. Il faut se prononcer. Pour ou contre. Oui ou non.

On tente de raisonner : « Ce n’est ni souhaitable, ni possible », affirme NKM. « Il y a déjà des gens mariés, on ne peut pas démarier. » Et alors ? Mitterrand a-t-il refusé d’abolir la peine de mort au motif que l’on ne pouvait pas ressusciter ?

On tente de marchander : le mariage, non, mais on luttera contre la GPA. Comme si l’autre n’était pas le corollaire inévitable de l’un. Comme si les homosexuels ne se mariaient que pour la pièce montée et la folle soirée sur le dance floor. Comme si « mariage pour tous » n’impliquait pas « mêmes droits pour tous ».

On tente de rassurer sans se mouiller, à l’instar de Nicolas Sarkozy : Il affirme qu’il va “réécrire”. C’est-à-dire, écrire autrement. Donc, instaurer un mariage pour tous différent. Mais un mariage pour tous quand même.

LMPT ne s’en contentera pas. Comprenez bien, elle ne pourrait plus se regarder dans la glace. Car elle a mis la barre haut, y compris pour elle-même. Elle a dit « on ne lâche rien », et ce « rien » sous-tend tout. Certains, dans ses rangs, sympathisants UMP « depuis toujours », continuent d’espérer. Veulent croire, par exemple, qu’ils arriveront à arracher un semblant de promesse à Nicolas Sarkozy, à force de persuasion et de menaces. Christine Boutin n’a-t-elle pas prévenu à plusieurs reprises qu’il risquait, faute de s’engager, de perdre nombre d’électeurs ?

Mais une chose est de ne pas être favorable à une loi avant qu’elle ne soit passée, une autre de l’abroger une fois qu’elle est votée. Pour tenir dans l’ouragan que cette abrogation ne manquera pas de susciter dans certains milieux « qui comptent », il faudra une conviction forte et intime, une volonté inébranlable, pas seulement y avoir été poussé dans le dos.

Plus qu’elle n’embarrasse la droite, LMPT la recompose. Ou la recomposera à plus ou moins brève échéance. Elle est un phare dans la nuit autour duquel viennent se rassembler certains, et dont s’éloignent les autres. Soit ce qu’elle défend est accessoire, et dans ce cas les élus UMP qui étaient là dimanche peuvent rester dans la même embarcation que Bruno Le Maire et NKM parce qu’on ne va pas se fâcher pour la couleur des rideaux, soit le combat LMPT est un peu plus que cela, et dans ce cas les élus – qu’ils soient du FN, du PCD ou d’ailleurs – qui marchent depuis deux ans de concert avec eux leur sont désormais infiniment plus proches. Et il va falloir songer à plonger.

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