Editoriaux - International - Politique - Table - 10 décembre 2013

Mandela n’a pas gagné sa guerre politique tout seul !

Mandela transformé en icône christique par l’unanimisme bêlant de la planète, j’espère que c’est insupportable à ceux qui ont un peu de mémoire politique.

Mandela n’a jamais tendu la joue gauche lorsque le pouvoir raciste afrikaner frappait sa joue droite. C’est lui, au contraire, qui a pris la responsabilité au sein de l’ANC de créer « le fer de lance de la nation », organisation chargée de la lutte armée après le massacre de Sharpeville en 1960. Il a d’ailleurs refusé sa libération lorsqu’on lui proposait de l’échanger contre une renonciation à la lutte armée (1964).

Sabotages, attentats, meurtres, dépôts de mines, camps d’entraînement : les combattants armés de l’ANC ont assuré le travail légitime de déstabilisation du régime, pendant que les luttes sociales et politiques, la recherche d’alliance chez les blancs humanistes, en Afrique du Sud et dans le monde entier, délégitimaient le régime raciste.

Ce sont les hommes d’affaires sud-africains qui, en 1986, ont effectué le voyage de Lusaka (où siégeait l’ANC) pour explorer les conditions d’une paix civile et d’un enterrement de l’apartheid. On connaît la suite.

Plus de vingt ans de lutte clandestine ou publique, politique et armée, ont précédé la libération de Mandela et ce qui s’ensuivit. Et, pour être plus précis, qui dit lutte armée dit formation de combattants et recherche d’armes, d’explosif, de mines, etc.

De 1960 aux années 80, on était encore dans un monde vite oublié aujourd’hui, qui était marqué par l’existence de l’Union Soviétique et de ses « filiales » – si je puis dire – comme Cuba ou comme des réseaux multiples et divers. Un seul nom parmi d’autres, celui du militant internationaliste Henri Curiel, communiste hors parti(s), assassiné en 1978 à Paris : son réseau « Solidarité » contribua de manière décisive à l’armement de l’ANC (et d’autres combattants d’autres dictatures), comme il a œuvré pour des rapprochements pacifiques au Moyen-Orient, ceci n’excluant jamais cela.

Les temps ont changé : l’URSS n’existe plus, l’apartheid a sauté de manière spectaculaire alors que se profilait en effet l’affaiblissement du « communisme ». La légalisation, de fait, de l’ANC suit de quelques mois la chute du mur de Berlin en 1989, et Mandela est libéré en 1990. De petits malins pourront affirmer que c’est la fin du « communisme » d’État à Moscou et ailleurs qui a libéré Mme Thatcher et de Klerk de leur peur du communisme… Sans doute.

Mais si des communistes officiels ou officieux dans le monde, et d’autres, n’avaient pas aidé l’ANC dans sa lutte armée (« terroriste » selon le vocabulaire d’alors, lui aussi oublié) et politique, vivrait-on aujourd’hui le merveilleux conte de fées d’une planète et des chefs d’État derrière leurs vitres blindées, rendant hommage à un ancien terroriste qui a gagné sa guerre politique ?

Allez, Madame l’Émotion, encore un effort pour laisser place à la vérité critique !

À lire aussi

Et ils n’ont rien trouvé d’autre que le bureau de Delanoë ?

Manquent plus que Mme Dati et la famille Tibéri pour reconstituer la ligue dissoute et pro…