Editoriaux - Santé - 22 février 2019

Maltraitance et handicap : quand les impératifs de rentabilité détruisent notre système de santé !

Dans son livre Les Enfants du silence, qui est paru le 13 février dernier aux Éditions Harper Collins, Céline Boussié dénonce les maltraitances que subissent des personnes en situation de handicap dans certains établissements spécialisés. Ce livre paraît dans une période où de nombreux actes abondamment relayés dans les médias viennent confirmer les dérives qui, parfois, existent dans notre système de santé.

Le gouvernement est apparemment conscient de ces dérives dans un système qui fait pourtant notre fierté à travers le monde, puisqu’il présentera d’ici quelques mois un “plan d’action” pour mieux identifier et combattre les maltraitances à l’encontre des personnes en situation de handicap. C’est ce qu’a annoncé, il y a quelques semaines, le ministre des Solidarités et de la Santé.

On aurait tort de croire que la maltraitance revêt une seule et unique forme. En réalité, elle est extrêmement diverse. Aujourd’hui, notre système de santé est ainsi fait qu’il est, en effet, sujet à un grand nombre de dérives. Celles-ci peuvent aller du manque d’écoute aux humiliations, parfois même jusqu’au refus de soins.

Cette réalité ne doit rien au hasard. Elle prend sa source dans la logique de rentabilité : le manque de temps et de moyens dont disposent les professionnels de santé ; l’impasse qui est malheureusement trop souvent faite sur la dimension humaine de la prise en charge au profit d’une approche purement scientifique par souci de rendement. À force de fonctionner sous tension pour répondre à une logique économique, il est bien évident qu’on finit, trop souvent, par faire subir une certaine forme de « maltraitance institutionnelle » aux personnes que l’on accueille.

En effet, l’excès de productivité qu’on impose aux salariés de ces établissements par souci budgétaire induit plus ou moins consciemment de leur part des gestes parfois brutaux, souvent irréfléchis et, en tout cas, régulièrement sans bienveillance.

Cette réalité, en outre, est souvent dissimulée et c’est précisément ce que rappelle, à juste titre, Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, qui souligne la “très nette sous-déclaration des situations de maltraitance, encore plus marquée concernant les personnes en situation de handicap”.

Afin de remettre l’humain au cœur du système, ce qui est quand même pourtant essentiel lorsque l’on parle de soins, il suffirait de prendre quelques mesures simples comme donner les moyens de bien faire leur travail au personnel soignant en garantissant un taux adéquat d’encadrement dans les établissements médico-sociaux, en revalorisant les salaires des infirmiers et aides-soignants ou encore en luttant contre l’épuisement professionnel des soignants en les soulageant de certaines tâches administratives via des embauches de personnels dans les établissements médico-sociaux.

Le gouvernement semble avoir bien conscience du besoin de changement ; reste à savoir si celui-ci sera un changement en profondeur ou simplement un changement cosmétique qui ne réglera rien sur le fond.

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