Armées - Editoriaux - 12 janvier 2013

Mali : le fardeau de l’homme blanc…

Nous sommes en guerre. Au Mali. Le Mali c’est, comme nul ne l’ignore, en Afrique. Un détail géographique qui a son importance. Nous sommes en guerre contre des islamistes et, pour dire les choses simplement, afin de libérer Tombouctou, la perle du désert. Nous voilà donc dans le rôle des empêcheurs de mutiler en rond.

Cette intervention est-elle juste, nécessaire, légitime ? S’agissant du continent africain, cette question est – hélas ! – à peu près aussi saugrenue que le serait la présence, aujourd’hui, d’un Blanc, coiffé d’un casque colonial, dans un palanquin porté par des Noirs. Car – juste retour des choses ? – c’est nous qui portons désormais le palanquin dans lequel trônent, interchangeables, des présidents africains, des potentats tribaux et des seigneurs de la guerre.

Nous sommes engagés militairement au Mali parce qu’on nous l’a demandé.

De la même façon, et pour les mêmes raisons, nous sommes intervenus en Côte d’Ivoire : on nous avait suppliés de le faire. Sous Giscard, nos parachutistes ont sauté sur Kolwezi à la demande des autorités de ce qui s’appelait, à l’époque, le Zaïre. Depuis, les noms ont changé : Congo Kinshasa puis République démocratique du Congo, mais le sang coule toujours là-bas sans retenue.

Depuis la décolonisation, sous tous les présidents de la Ve République, nos troupes ont fait le coup de feu en Afrique. Parfois pour soutenir un Chef d’État plus ou moins démocratiquement élu. Souvent pour protéger un dictateur assassin contre un autre assassin, mais issu d’une ethnie différente. Quitte à s’arranger avec ce dernier dès lors qu’il avait conquis le pouvoir.

Et pourquoi ? Très certainement pour protéger nos ressortissants et, évidemment, nos intérêts. Mais avant tout parce que l’Afrique, tous les États africains, se sont traînés à nos pieds pour qu’on y aille. Et leurs armées ? Où sont les soldats nigérians ? Où sont les bataillons tchadiens ? Où sont les combattants ivoiriens ? Pas au Mali ! Il devrait pourtant leur être facile de mettre en déroute quelques milliers de djihadistes dépenaillés. Peut-être que ces armées-là ont autant de consistance que l’armée malienne… Peut-être – on ne sait jamais ce que décidera le dieu de la guerre – que les gouvernements africains, soucieux de ménager d’éventuels vainqueurs, préfèrent que l’ancienne puissance coloniale fasse le boulot.

À la grande époque de l’impérialisme triomphant, Kipling parlait du « fardeau de l’homme blanc » pour justifier les conquêtes coloniales européennes. Nous n’étions pas alors les bienvenus. Aujourd’hui, le « fardeau de l’homme blanc » est toujours là, mais nous sommes les bienvenus.

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