Blog - Culture - Discours - Editoriaux - Table - Théâtre - Tribune - 13 janvier 2013

Mali : Dominique de Villepin est un théâtreux !

Vous souvenez-vous encore de Dominique de Villepin ? Pas trop, sans doute. Mais lui ne nous a pas oubliés. Et, ayant échappé au croc de boucher que lui avait promis Sarkozy, il essaie de ne pas se faire oublier.

Dans une tribune parue dans Le Journal du Dimanche, il s’oppose avec grandiloquence (c’est son style) à l’intervention militaire française au Mali. « La guerre, ce n’est pas la France ! » Bigre. On aura bien compris que la France, c’est Villepin.

Mais à quel titre donne-t-on encore la parole à cet ancien Premier ministre ? En raison d’un fait d’armes réputé glorieux et courageux : le discours qu’il prononça, il y a une dizaine d’années, pour s’opposer à l’intervention américaine en Irak. Ce discours, c’est son pont d’Arcole, son Austerlitz, son Camerone, sa bataille de la Marne. Il en a fait une rente de situation. Ce qu’on appelait naguère un placement de père de famille. Il en vit et ne manque jamais de le rappeler à chaque occasion. C’est ce qu’il a fait d’ailleurs dans Le Journal du Dimanche. On n’est jamais si bien servi que par soi-même…

Dans son texte donc, M. de Villepin dénonce les « va-t’en guerre », les interventionnistes atteints par le « virus néo-conservateur ». En France, le mot « néo-conservateur » constitue une insulte gravissime. Elle vaut anathème et excommunication. Les inquisiteurs qui marquent ainsi au fer rouge les hérétiques se recrutent pour l’essentiel à l’extrême gauche et, plus petitement, très très à droite. Ayant lu Villepin, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue, nourrie de compassion, pour l’excellent Nicolas Gauthier. Il a, ici même, apporté son soutien à l’intervention française. Pauvre Nicolas ! « Néo conservateur » ? Je sais que comparaison n’est pas raison mais allez dire au recteur de la mosquée Al Azhar que Mahomet était juif… Osez jeter à la face du grand rabbin séfarade d’Israël que Moïse était égyptien… Et plantez-vous devant Benoît XVI pour lui asséner que Jésus était né sous X car de père inconnu… Pauvre Nicolas ! Qu’il soit assuré de mon soutien ferme et entier contre l’infâme Villepin.

Pour revenir à des choses futiles, c’est-à-dire à l’ancien Premier ministre, il est équitable de lui reconnaître un certain talent. Dominique de Villepin est un théâtreux. Un cabotin, dirait Sarkozy. Je n’irai pas jusque-là. Cet homme avait eu le monde, l’assemblée générale des Nations Unies, pour public. En bonne logique, il a donc estimé que la France était à la portée de son verbe flamboyant. Bizarrement, ça n’a pas marché.

Pourtant, Monsieur de Villepin n’a pas ménagé ses efforts dans l’espoir de franchir les grilles du faubourg Saint-Honoré. Ainsi, il a condescendu à faire un bain de peuple, le seul peuple qui vaille : celui des cités. Il alla donc, en janvier 2010, à Bondy chercher des voix, de la chaleur humaine, de l’amour. Et après avoir fait savoir aux masses populaires de cette petite localité si française qu’« il était né en Afrique du Nord », il eut tout cela.

Mettant à profit l’enthousiasme de ses interlocuteurs, il accorda une interview au Bondy Blog qui est à la banlieue ce que Le Figaro est à Neuilly-Auteuil-Passy et ce que L’Humanité fut naguère à Boulogne-Billancourt.

L’étendue de sa culture plongea les journalistes du Bondy Blog dans l’extase : ils en frissonnent encore. On lui posa la question suivante : « Est-ce que vous vous intéressez à des auteurs comme Faïza Guène, Rachid Djaïdani et Mehdi Charef ? » Et Dominique de Villepin répondit avec une superbe maestria : « Je suis très sensible à leurs paroles, à la poésie ; le slam me touche. »

Vous en connaissez, vous, des acteurs capables de faire ça ? C’est pourquoi, tout autant que son discours du 14 février 2003 à l’ONU, son appel de Bondy mérite de passer à la postérité.

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