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Editoriaux - Société - Table - Tribune - 9 décembre 2014

Maladies professionnelles : après le suicide, le burn out ?

Je connais un jeune cadre extrêmement dynamique qui, le jour de son mariage et alors qu’il attendait sa promise à la porte de l’église, a tendu son smartphone à son frère en lui disant : « Surtout, tu surveilles mes mails pendant la cérémonie ! » Je jure sur tout ce que j’ai de plus cher que ceci est parfaitement exact.

Je connais un jeune cadre extrêmement dynamique qui travaille au service communication d’une marque de luxe mondialement connue et que son “grand” patron appelle à n’importe quelle heure du jour – ça, c’est hélas banal – et de la nuit – ça l’est moins.

Je jure sur tout ce que j’ai de plus cher que ceci est parfaitement exact.

Je connais… etc.

Tous ces gens sont fous. Reste cependant une question : qui est le plus fou ? Est-ce le patron qui n’a aucun respect de la vie de ses subordonnés ou bien le subordonné qui ne se fixe aucune limite et consent à l’asservissement jusqu’à l’explosion ?

Les députés ont tranché. Ceux de la majorité en tout cas : la responsabilité pleine et entière va au patron. Dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche, une trentaine de députés PS réclament en effet que le « burn out » soit reconnu désormais comme une maladie professionnelle et sa survenue comme un « accident du travail ». Cette reconnaissance « est indispensable pour faire que les effets de l’épuisement nerveux au travail soient à la charge de ceux qui en sont responsables, c’est-à-dire les employeurs », disent-ils. En conséquence, ils demandent l’inscription de deux nouvelles maladies professionnelles au tableau déjà long : « la dépression consécutive à un épuisement profond et le stress post-traumatique (sic) au travail ».

L’emploi d’une terminologie jusqu’ici réservée à l’armée retour de guerre prouve la considération de ces élus pour l’entreprise : c’est pour eux un champ de bataille. Chef des ventes à Kungfurama ou lanceur de missiles au Waziristan, même combat. Le patronat paiera. Sachant que le Conseil d’État a déjà inscrit (le 16 juillet dernier) le suicide ou la tentative de suicide d’un fonctionnaire sur son lieu de travail comme « accident de service », soit l’équivalent de l’accident du travail dans le privé, on voit bien ce qui se profile : une dérive à l’américaine qui parcourt aujourd’hui toute la société. Le besoin de désigner à toute chose un coupable et d’exiger réparation. Bref, un truc vicelard qui tend à déresponsabiliser chacun et encombrer les tribunaux par les recours qui ne manqueront pas de suivre.

Pourtant, je connais aussi un jeune cadre extrêmement dynamique qui tient à profiter de sa famille et refuse ce que d’autres font – responsables, et du moins complices du sort qui leur est fait : placer le portable de l’entreprise sous l’oreiller. Mais peut-être ceux-là, s’ils veulent vraiment un coupable, devraient-ils se retourner contre les Apple, Samsung et Cie, tous les fabricants de smartphones et de tablettes, ces inventeurs de sans fil à la patte, à l’œil et à l’oreille qui fabriquent à la chaîne des toxicos de la connexion.

Reste que je me pose une question, encore une : à qui la mère de famille dépressive et exténuée par ses gosses braillards va-t-elle demander compte ? Et le chômeur en fin de droits qui sombre dans la dépression parce qu’il a 45 ans et qu’on le range dans les seniors has been, va-t-il se retourner contre les salariés de Pôle emploi ? Lesquels, au moins, peuvent se retourner contre l’État patron…

J’arrête, je vais faire un burn out…

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