Editoriaux - 1 février 2017

Mal-logement : et si la fondation Abbé-Pierre renonçait à ses “a priori” ?

Chaque année, la fondation Abbé-Pierre rédige un rapport sur la situation du logement, en mettant l’accent sur les difficultés rencontrées. Fin de quinquennat oblige, le rapport 2017 fait le bilan des réalisations par rapport aux engagements du candidat Hollande. Non sans une forte charge idéologique.

Sans surprise, ce bilan est mauvais. Sur les 500.000 logements à mettre en chantier chaque année, le chiffre de 400.000 n’a jamais été atteint, et celui de 150.000 logements sociaux est resté un vœu pieux. Le rapport pointe également les 4 millions de mal-logés, outre 12 millions en situation « limite ». Un Français sur cinq est en situation de mal-logement ou en passe de le devenir.

Le logement décent est un droit élémentaire de la personne humaine qui doit pouvoir se mettre à l’abri et bénéficier du confort de base d’une habitation digne de ce nom. Malheureusement, la fondation propose des solutions peu convaincantes.

En premier lieu, elle déplore l’augmentation des expulsions. L’idée (exprimée en plein hiver) d’expulser quelqu’un de son logement met mal à l’aise. Mais il faut savoir qu’une grande partie de ces expulsions sont sollicitées par des particuliers, au terme d’une procédure qui prend dix-huit mois. Ces bailleurs sont souvent en difficulté financière en raison du non-paiement des loyers, tels ceux qui ont investi dans un studio pour arrondir une maigre retraite et qui, non seulement ne peuvent plus rembourser l’emprunt, mais encore doivent effectuer des travaux de remise en état après chaque départ. La pratique quotidienne le montre : les expulsions, rares et difficiles, concernent les personnes qui n’ont rien fait pour mobiliser les nombreuses aides disponibles.

En second lieu, elle se félicite de l’encadrement des loyers. Sans comprendre que le marché locatif est directement impacté par les réglementations quasi soviétiques édictées ces dernières années. Compte tenu des risques encourus, notamment le défaut de paiement, et de la rentabilité quasi nulle de l’investissement locatif, la construction de logements passe par des dispositifs d’incitation fiscale coûteux et inflationnistes…

Enfin (idéologie toujours), la fondation se montre d’une rigoureuse orthodoxie face au problème des clandestins. En oubliant que ces derniers sont une source de revenus inespérée pour tous les marchands de sommeil dépourvus de scrupules qui, sans crainte de poursuites, les « logent » dans des taudis au cœur de nos villes. Mais pour les rédacteurs de ce rapport, la question ne peut pas se poser. Au point d’inviter toute une brochette de candidats à débattre du sujet, à l’exception de Marine Le Pen qui, c’est bien connu, est favorable à ce que tout un chacun se retrouve un jour à la rue…

Il est dommage qu’une institution d’utilité publique se laisse aller à des considérations plus idéologiques qu’autre chose. La question est trop sérieuse pour se réduire à des incantations politiciennes. Et, surtout, elle nécessite une réflexion dépourvue d’a priori. Exactement comme la question du chômage, par exemple…

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