Non, ce n’est pas une poupée qui est venue s’échouer, face contre terre, à la lisière des vagues, sur un paisible rivage de Turquie. Non, ce n’est pas un jouet désarticulé qu’un grand gendarme maladroit ramasse sur la plage et prend dans ses bras. C’est un enfant. Syrien. Mort. Noyé.

« Mais un enfant est /Tout là-bas quelque part/Mais un enfant est mort/Et le soleil est noir ». La chanson de Barbara me trotte dans la tête et ne me lâche plus. De ce petit enfant si pareil à tant d’autres enfants, dans son jean et son tee-shirt rouge, de ce petit enfant, de cet innocent, trop sage pour toujours, l’image qui en quelques heures a fait le tour du monde ne nous quittera plus.

Puissance des images. Choc des photos. Celle-ci, une parmi toutes celles que l’actualité pourrait, hélas, nous fournir chaque jour, vient nous jeter à la face une réalité dont les mots, usés, banalisés, répétitifs, ont fini par nous faire oublier l’intolérable horreur.

Aucun d’entre nous, pris individuellement, n’est coupable ni comptable de ce drame, pas plus que nos parents ne le furent de la tentative d’extermination des juifs par le nazisme ou nos ancêtres de la traite des nègres. Mais nous en porterions collectivement la responsabilité devant l’histoire et sous le ciel si devait se prolonger l’inaction de ceux qui ont souhaité le pouvoir, à qui nous l’avons délégué, et qui ne l’exercent pas.

C’est aux États européens, dont la relative prospérité et la relative tranquillité nourrissent les rêves de millions de malheureux qui frappent à leur porte ou tentent de la forcer, qu’il incombe de mettre un terme par la force dans les plus brefs délais au commerce criminel des passeurs et de faire le tri entre ceux qui sont accessibles au droit d’asile, ceux qui, répondant à des critères précis, peuvent être admis et ceux qui, ne satisfaisant pas aux conditions requises, doivent être effectivement refoulés et reconduits à leur point de départ.

C’est aux dirigeants du monde civilisé – dont on aimerait savoir enfin si M. Erdogan ou les monarques arabo-pétroliers font partie – qu’il incombe de mettre rapidement sur pied la coalition internationale qui seule peut mettre fin aux exploits des tigres à face humaine qui cherchent à étendre sur la terre le règne de la barbarie et conduisent ceux qui n’ont pas le courage ou les moyens de les combattre à s’embarquer pour la mort. La force de et d’Al Qaida n’est faite que de notre faiblesse, leurs succès doivent tout à nos divisions et à nos lâchetés.

C’est aux Nations-Unies qu’il incombe de concevoir et de lancer au plus vite le plan d’aide et d’assistance financière, technique et morale qui, en contrepartie de l’acceptation d’un contrôle strict, permettra aux pays submergés de sortir du sous-développement matériel et humain.

C’est aux grands de ce monde – et à qui d’autre ? – qu’il revient de faire cesser le désordre du monde où leurs erreurs et leurs insuffisances ne sont pas pour rien.

Que chacun fasse enfin ce qu’il doit faire, que les réalisations soient enfin à la hauteur des ambitions, et le petit enfant, sur la plage turque, ne sera pas en vain.

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4 septembre 2015

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