J’ai écrit à plusieurs reprises sur Boulevard Voltaire qu’il fallait en finir avec le capitalisme. Je ne gagne rien en répétant cela : pas un euro, pas d’honneurs et encore moins de médailles. Et pourtant, Dieu sait si beaucoup de commentateurs, évidemment beaucoup plus intelligents que moi, m’ont traité de communiste nostalgique, d’utopiste patenté d’“il-fautiste” naïf, de con sultant… et j’en passe. D’autres se sont moqués de moi en reproduisant la phrase passe-partout : “Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil”. Le rapport de l’ONG OXFAM qui vient juste d’être publié devrait, du moins je l’espère, les sortir de leur profond sommeil. En tout cas, il renforce ma conviction. Notons qu’il est tiré des statistiques établies par le Crédit suisse qui n’est pas, à ma connaissance, une succursale du Komintern ayant survécu par je ne sais quelle opération du Saint-Esprit, à la chute du mur de Berlin. Bref, que dit ce rapport ? Il dit qu’en 2016, “les 80 personnes les plus riches du monde détiendront autant de patrimoine que 3,5 milliards d’autres personnes réunies”.

Afin d’éclairer encore plus mes détracteurs, je m’en vais de ce pas ajouter quelques autres absurdités. Par exemple, depuis 10 ans, la compagnie pétrolière – française, je précise – Total ne paie pas d’impôt sur les sociétés dans notre pays et, par-dessus le marché, elle a toute chance de recevoir du fisc 80 millions d’euros en 2017 au titre du CICE et du crédit d’impôt recherche, et cela malgré les 10,7 milliards d’euros de bénéfices dégagés en 2012. Autre exemple : selon une étude réalisée par le groupe d’associations intitulé Paradis fiscaux et judiciaires, il est reconnu “qu’un tiers des filiales à l’étranger des cinq plus grands établissements bancaires français sont installées dans des paradis fiscaux”. Vous savez ? Ces banques que les fonds publics, c’est-à-dire votre propre argent, avaient sauvées du désastre en 2008 ? et absurdité font tous les jours bon ménage : ainsi, à l’heure où j’écris ces lignes, les chauffeurs routiers se battent pour obtenir une augmentation de leur salaire de 5 %, salaire qui n’a pas été réévalué depuis plusieurs années. Les patrons refusent et… embauchent des chauffeurs d’Europe de l’Est qui leur coûtent moins cher. Ah ! Le profit… mais aussi Ah ! La belle Europe, celle qui choisit les gros gras plutôt que les petits ! Et pourtant, il y en a qui commentent sur ce site : “Ma civilisation me suffit.” Heureux, les simples d’esprits…

Est-il un seul lecteur de Boulevard Voltaire pouvant affirmer n’avoir jamais eu un ami, un voisin, un membre de sa famille mis au chômage parce que l’entreprise de celui-ci avait fait faillite ou avait délocalisé ? Et tous ces gens qui se suicident parce que les chefs d’entreprise exercent des pressions folles sur eux ? C’est toute une encyclopédie qui pourrait être écrite au sujet des dégâts que cause le capitalisme sur les êtres humains. Le capitalisme est un spectacle tragique dont nous sommes les spectateurs tous les jours et même souvent les acteurs victimes.

Cette évidence saute aux yeux. Et pourtant, tout le monde courbe l’échine comme le faisaient il y a 1.000 ans les serfs devant les seigneurs. Cette résignation est proprement déconcertante. Le philosophe marxiste (désolé !) italien Gramsci, ne comprenant pas pourquoi la révolution prolétarienne s’était produite en Russie et non pas en Angleterre, en France ou en Allemagne, c’est-à-dire là où le capitalisme était triomphant, finit, à force de réfléchir, par comprendre que la cause  de ce mystère était tout simplement l’embrigadement cérébral du prolétariat par la bourgeoisie. Or, c’est exactement ce qui se produit aujourd’hui : notre esprit est victime de l’appropriation du capitalisme. Nous devons d’urgence l’en libérer. La tâche est immense. J’espère y avoir contribué pour ma modeste part.

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