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Mais il est bien court, le temps des cerises…

La semaine dernière, nos « paysans de Paris » revisitaient le slogan soixante-huitard « Sous les pavés, la plage » en se confectionnant, aux frais du contribuable, de gentils petits jardins, place de la République. On ne brûle plus les Tuileries – ça, c’est fait ! -, on se contente aujourd’hui de soulever les dalles et, à l’approche du 1er mai, on imagine que certains vont s’essayer à chantonner “Le Temps des cerises”. Peut-être même que les belles de Nuit debout auront la folie en tête et se feront des pendants d’oreilles avec des cerises achetées à la supérette du coin.

Probablement des cerises en provenance de pays de l’Union européenne, de Turquie ou d’ailleurs. C’est ça, des cerises d’ailleurs, le lointain étant préféré au prochain. Des cerises issues du commerce inéquitable pour nos producteurs français qui semblent voués à vivre nuit et brouillard, coincés qu’ils sont entre l’irresponsabilité européenne et l’impuissance du gouvernement français, face à la menace qui pèse sur la production française.

En effet, depuis plusieurs années, un insecte – la drosophila suzukii – ravage les récoltes de cerises. Pour lutter efficacement contre ce fléau, on traitait jusqu’à présent les cerisiers avec un insecticide appelé « diméthoate ». En 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), organisme placé sous l’autorité de la Commission européenne, a identifié un risque potentiel pour la santé des personnes consommant des produits traités par cet insecticide. Mais en même temps, l’EFSA a renvoyé aux États membres le soin de statuer, produit par produit, usage par usage, sur le niveau de risque pour les consommateurs. On vous dit que c’est dangereux mais à vous de décider du niveau de dangerosité ! Sans doute le fameux principe de subsidiarité qui devait s’imposer, nous disait-on, dans cette belle Union européenne…

Comme, en France, on lave plus blanc, que l’on est plus royaliste que le roi et, mieux ou pire, plus européiste que les européistes de Bruxelles, que par ailleurs le lobby écolo a dû faire son œuvre, depuis le 1er février de cette année, l’emploi de ce produit est interdit et ce, après l’avis rendu par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), organisme placé sous la multi-tutelle des ministères chargés de la Santé, de l’Agriculture, de l’Environnement, du Travail et de la Consommation. Stéphane Le Foll, contre lequel les producteurs sont vent debout, aurait pu déroger à cette interdiction, en autorisant une mise en marché dérogatoire et temporaire du diméthoate et en fixant des doses de traitement sans incidence pour la santé. Mais non, en France, on ne fait pas les choses à moitié. M. Le Foll ne déroge pas à la règle.

Et pendant ce temps, en Europe et ailleurs ? Évidemment, on continue à utiliser ce produit. M. Le Foll, l’homme qui prend le taureau par les cornes, ou plutôt qui met la charrue avant les bœufs, a heureusement réagi ! Le 29 mars, il a pris sa plus belle plume pour écrire à la Commission et lui demander que le produit soit interdit dans toute l’Union européenne, craignant une « distorsion de concurrence ». Tu m’étonnes ! On ignore à ce jour si le courrier a été « traité » à Bruxelles avec l’attention qu’il mérite. Mais M. Le Foll a fait son possible d’Européen soumis, c’est-à-dire pas grand-chose…

Et pendant ce temps, les fleurs de cerisiers sont tombées, les fruits se sont formés. La production française de 2016 peut encore être sauvée. « Mais il est bien court, le temps des cerises. » M. Le Foll devrait le savoir.

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