Editoriaux - International - Politique - 18 février 2017

Mairie M5s de Rome : entre chaos judiciaire et vide politique

“Remettre transparence et légalité au cœur des institutions.” Cet engagement de Virginia Raggi, exprimé à la suite de son élection à la mairie de la capitale italienne, sonne désormais aussi faux que les sempiternelles promesses électorales des partis politiques officiels.

Parce que les ennuis judiciaires n’en finissent pas au Capitole.

Après les différentes mises en examen et condamnations de plusieurs membres de la junte, Mme le maire, soupçonnée d’abus de biens sociaux et de faux en écriture, a subi un interrogatoire de plus de huit heures jeudi dernier. Elle a dû s’expliquer sur la promotion de son ancien chef de cabinet, Raffaele Marra, actuellement incarcéré pour corruption ; sur l’avancement du frère de ce dernier à la direction du tourisme, charge pour laquelle il a eu, à défaut des compétences requises, un plus que généreux salaire ; ainsi que sur les raisons de la stipulation par un de ses secrétaires, Salvatore Romeo – dont le salaire annuel est passé de 39.000 à 97.000 euros -, de trois assurances-vie dont elle est la bénéficiaire.

Si l’élue du Mouvement 5 étoiles a parlé d’un interrogatoire “tranquille” et s’est défendue, affirmant que les assurances ont été souscrites à son insu, l’hypothèse est qu’il s’agit d’une récompense (pour avoir promu sa campagne électorale ?), à travers un système de pots de vin difficilement traçables.

La dernière police d’assurance ayant été stipulée après sa convocation par les magistrats, on ne peut cependant exclure qu’il s’agisse de quelque manigance faite pour la compromettre, manigance facile à opérer dans un milieu aussi complexe et corrompu que la bureaucratie romaine. L’enquête est en cours.

Il n’en reste pas moins que Virginia Raggi apparaît sans poigne ni préparation, s’en remettant sans cesse au chef de son mouvement, Beppe Grillo, qui n’a pourtant été élu par personne.

L’administration de la capitale, qui devait être la vitrine des capacités du Mouvement 5 étoiles, est un fiasco. Et, plus que les déboires judiciaires et l’incapacité à gouverner, c’est avant tout l’absence d’un projet politique (au sens noble du terme) et le manque de réformes d’envergure qui pourraient être fatals au M5s lors des prochaines élections.

La canalisation de la colère populaire ne suffit pas : encore faut-il savoir quoi faire du pouvoir quand on y parvient.

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