Tous les superlatifs ont été employés depuis dimanche soir pour commenter l’ampleur du score du Front national aux élections européennes (presque 25 %) et plus encore l’écart avec celui de l’UMP (5 points) ou du Parti socialiste (sous la barre des 14 %).

Parviendra-t-il ou non à former un groupe à Strasbourg, et avec quels partenaires européens ? D’un point de vue des effectifs indispensables (25 députés), la question ne se pose évidemment pas… En revanche, l’obligation de réunir des membres d’au moins sept pays différents de l’ semble moins simple, au vu des susceptibilités connues des uns ou des autres. C’est qu’il y a ceux à qui le FN tend la main et qui hésitent à la saisir… et ceux à qui lui-même tourne le dos à cause de leurs fâcheuses tendances à tendre le bras.

Nul doute, néanmoins, que les négociations vont bon train et que le score magistral du Front national-Rassemblement Bleu Marine s’avère désormais un argument de poids pour convaincre des alliés aussi potentiels qu’hésitants, sinon aussi conciliants que de douteuse réputation.

L’importance de ce résultat – 1 électeur français sur 4, tout de même ! – a une autre conséquence pour le futur qui a été bien peu commentée : combien d’électeurs ne voyaient dans le vote FN qu’un simple défouloir, un avertissement donné au gouvernement, un geste de dépit social ? Et combien ne franchissaient pas le pas au prétexte que, au final, ça ne servait à rien ? Le FN ne l’emportait jamais ! Aujourd’hui, c’est le grand basculement des urnes : gagner avec l’étiquette FN-RBM est non seulement possible, mais plus encore probable.

Après sa percée électorale aux élections cantonales de 1982 (Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN, atteint 12,6 % à Dreux), confirmée le 17 juin 1984 (10,95 % et onze élus pour la liste conduite par Jean-Marie Le Pen lors du scrutin européen), le Front national n’avait cessé de progresser régulièrement en suffrages, mais plus marginalement en élus pour cause de mode de scrutin principalement…

Les récentes élections municipales ont montré que des villes données gagnables par le Front national avant l’élection l’ont été (Hénin-Beaumont au premier tour, Fréjus au second), ainsi que quelques autres moins prévisibles (une dizaine)… et que le soutien du FN à un candidat indépendant comme à Béziers n’avait pas eu d’effet repoussoir. Bien au contraire…

Preuve en est que l’étiquette Front national-Rassemblement Bleu Marine est désormais prometteuse de victoire, tandis que celles de l’UMP et du PS, tout au contraire, apparaissent de plus en plus comme des repoussoirs électoraux.

Il est peut-être venu (enfin !) le temps que cesse l’obsession d’une utopique alliance des droites où le Front national serait simplement toléré, un peu comme dans certaines familles bourgeoises on subit un parent honteux, une faute ancillaire… ou une mésalliance de caste.

Dimanche, avec ses 24 élus à Strasbourg, Marine Le Pen est devenue la « tante d’Amérique », celle qui, à défaut d’avoir (encore) fait fortune, semble voir désormais celle-ci sourire pour de bon à son mouvement…

Mais tout de même ! Quelle idée d’aller fêter à l’Élysée Lounge – un restaurant chic au nom, certes, prédestiné, à quelques mètres du palais présidentiel – cette victoire acquise dimanche soir ! Marine Le Pen aurait-elle oublié que Nicolas Sarkozy s’est vu reprocher, cinq ans durant, d’avoir fêté sa victoire présidentielle au Fouquet’s ? On peut toujours apprendre, même des erreurs de ses ennemis…

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