Editoriaux - Industrie - Table - 29 janvier 2013

« Made in France » ! Est-ce bien français ?

Voulez-vous payer plus cher pour manger mieux ? Ouiiii ! Voulez-vous payer plus cher pour voyager en sécurité ? Ouiiii ! Voulez-vous payer plus cher pour rouler en voiture plutôt qu’en bicyclette ? Ouiiii ! Voulez-vous payer plus cher pour mettre vos enfants dans des écoles de qualité ? Ouiiii !

Aucun institut sondagier n’a jugé bon de poser ces questions à nos concitoyens. Dommage. Car les résultats eurent été aussi enthousiasmants que ceux du sondage que j’ai découvert sur Boulevard Voltaire : 77% des Français sont prêts à payer plus cher pour acheter français ! Ayant reçu le résultat dans ses bureaux du ministère du Redressement productif (qu’il va, c’est sûr, rebaptiser ministère du Redressement national) Montebourg a eu un spasme de bonheur : « Ah, made in France … ». C’est français ça, « made in France » ?

D’autres que lui se sont réjouis avec les mêmes trémolos. Il y a encore des troubadours en France pour chanter la beauté des mains françaises. Celles « agiles » des ouvrières qui fabriquent nos soutifs. Celles « poilues » des OS de chez Renault qui produisent nos voitures. Pourquoi pas ? Mais un sondage ne fait pas le printemps, fut-il nationaliste.

Les « mains poilues » de chez Renault ne survivent, en attendant les prochains licenciements, que parce que la firme au losange est adossée au Japonais Nissan. C’est français ça, Nissan ? Les petites mains « agiles » de Lejaby sont désormais un peu bronzées. Ce qui reste de cette marque (pas grand-chose) est désormais confectionné en Tunisie. C’est français, ça, la Tunisie ?

Mais puisqu’on vous dit que les Français sont prêts à payer plus cher pour consommer français. Certes. Mais – et c’est élémentaire, mon cher Dupont – pour acheter français, il faut d’abord produire français. Et on ne produit plus français. La France – et c’est triste comme un cimetière – est aujourd’hui un immense désert industriel. Des squelettes d’usines, des carcasses d’ateliers, des hauts-fourneaux éteints… Mais peut-être pourrait-on fermer nos frontières pour empêcher l’invasion des produits « made in je-ne-sais-pas-quoi » ? On peut. Comme on peut mettre une clôture autour d’un champ de ruines. Ou alors, il faudrait octroyer à nos ouvriers (il en reste encore quelques-uns) les salaires des esclaves chinois, roumains ou marocains. Ce serait français, ça ?

On peut appeler cela le déclin. Il s’agit plutôt d’une mutation douloureuse, cruelle et, hélas, inéluctable. Reste que chacun a, l’espace de quelques instants, le droit de se faire plaisir. En se mentant à soi-même. La nuit tombe, eh bien, on dira que c’est l’aurore. Le soleil se couche, eh bien, on proclamera qu’il se lève. Il pleut, eh bien, on annoncera qu’il y a du soleil.

Les plus patriotes d’entre nous, et donc les plus courageux, se consoleront en allant gambader en marinière sur les plages bretonnes. Montebourg, c’est français ça ? Oui. Mais, et cela n’engage que moi, je ne suis pas prêt à payer plus cher pour ça.

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