copie à Monsieur Laurent Fabius,
ministre des Affaires étrangères

Madame,

Il y a quelques jours, nous parlions de vous avec ma dentiste. De vous et du curieux rapport que vous entretenez avec les idées et avec leur signature…

Elle se souvenait par exemple, et moi aussi, que vous étiez, en mars 2011, la signataire enthousiaste d’une pétition, dans Le Nouvel Observateur, demandant à l’UMP de renoncer à un débat interne sur l’. La pétition en question était un « bon texte », selon vous, qui remettait notamment « la laïcité au cœur de la République ». Las, après publication, je me souviens de votre réaction quasi épidermique en découvrant que le « bon texte » en question avait également été signé par Tariq Ramadan, islamologue et intellectuel « contesté » (par vous). Ni une ni deux : vous aviez donc… retiré votre signature !

Passons sur le fait qu’il s’agissait de la troisième pétition du genre (les deux premières avaient déjà été signées par le même Tariq Ramadan dans une indifférence générale).

Passons également sur le fait que ce nouveau texte comptait quelque 6 000 signataires, et non des moindres (José Bové, Daniel Cohn-Bendit, Abd Al Malik, Jane Birkin et Lilian Thuram, l’ancien résistant Raymond Aubrac, le philosophe Edgar Morin, ainsi que le ban et l’arrière-ban des professionnels de la bien-pensance et de l’antiracisme…) dont la plupart ont, par la suite… confirmé leur signature.

Ne passons pas en revanche sur le fait que votre « entourage » en a rajouté une couche (dans le ridicule…) en déclarant à l’AFP : «  n’a jamais été informée que Tariq Ramadan ait été destinataire de cette même pétition et que si elle l’avait su, elle aurait évidemment refusé. C’est clair et net. » Ce qui est clair et net, surtout, c’est votre drôle de conception des idées, de la parole, de l’engagement et, au final, de la sincérité.

Au nom de quoi, en effet, une prise de position jugée bonne se retrouverait soudainement mauvaise pour cause de pedigree de ses signataires ? Comme le dit ma dentiste qui (comme moi) déteste Le Pen : « Ce n’est pas parce que Le Pen dit que 2 + 2 = 4 qu’on me fera dire le contraire ! » Retrouver ses adversaires en tant que co-signataires n’est donc pas se tromper de match, c’est le gagner « à l’amiable ». Qui s’en plaindrait ? Aussi n’avez-vous pas eu tort, Madame, mais deux fois tort.

Ne passons pas, non plus, sur le fait que vous avez seulement été suivie, ce jour-là, par un certain… Laurent Fabius. A l’époque, personne n’avait remarqué qu’il avait, lui aussi, retiré sa signature. Il faut dire que vous étiez dans la lumière et lui dans l’ombre. Le soleil a tourné. L’ombre est aujourd’hui au quai d’Orsay. Je la mets d’ailleurs en copie (l’ombre), pour lui rappeler que c’est bien, au fond, le quotidien d’un ministre des Affaires étrangères que de mener des combats qu’on adore aux côtés de combattants qu’on abhorre. Si Laurent Fabius découvrait, demain, quelques signataires honnis au bas d’un traité ami, en retirerait-il pour autant sa signature, et donc celle de la France ?

J’ai pour ma part une conception suffisamment haute des idées pour penser que le message prime sur le messager. J’ajoute ici, Madame, que si donner sa signature nous engage, la retirer ne nous dégage pas. Au contraire : elle nous engage alors un peu plus… dans la mauvaise direction !

Le « qui signe quoi ? » est un jeu trop sérieux pour se soucier du « qui signe avec qui ? » Le premier nous honore. Le second nous disqualifie. Il en dit long en tout cas sur ceux qui le pratiquent. Je vous le laisse.

Pour ma part, pardonnez-moi de préférer toujours la république des idées à celles des postures. Et donc des impostures.

13 novembre 2012

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