Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - 19 février 2017

Macron se prend les pieds dans le tapis de la triangulation

Après sa négation de l’existence d’une culture française, on se demandait ce qu’il pourrait inventer pour faire parler de lui. Un déplacement en Algérie lui fournit une occasion extraordinaire de faire d’une pierre deux coups. En parlant de “crime contre l’humanité” à propos de la colonisation de l’Algérie, il faisait parler de lui et il draguait ouvertement les binationaux franco-algériens. Quitte à s’arranger avec la vérité, à réécrire l’Histoire, à rouvrir les plaies, à nourrir la repentance historique et, in fine, la haine de soi. Mais il semble que ce soit le prix à payer pour conquérir des voix. Et le journaliste du Monde Patrick Roger aura beau courir à sa rescousse dans un article surréaliste où il qualifie la pensée macronienne, à propos de la colonisation, de « dialectique » trop « complexe » pour que la droite puisse la saisir, il reste que de tels propos sont d’une bêtise historique affligeante.

Dans une élection ouverte comme celle qui arrive, Macron se livre à un jeu politique classique que les politologues ont appelé – selon l’expression d’un conseiller de Clinton (!) – la « triangulation ». Il donne de la tête un peu partout pour séduire les électeurs, épousant leurs convictions quelques instants pour mieux gagner leurs voix. Cette attitude profondément clientéliste explique en partie son comportement apparemment schizophrénique sur beaucoup de sujets.

Outre l’exemple de la colonisation – dont il vantait pourtant, il y a quelque semaines, em>”les éléments de civilisation” qu’elle avait apportés -, on peut citer sa visite au Puy du Fou de Philippe de Villiers ou son passage à Orléans sur les pas de Jeanne d’Arc, visant à la conquête de l’électorat traditionnel de la droite. Une conquête qui semble gagnante, au vu des derniers sondages qui montrent qu’il a pris 2,5 points à François Fillon et le dépasse désormais.

C’est cette même logique électoraliste qui le pousse à reprocher à Hollande son traitement indigne de la Manif pour tous, puis, comprenant qu’il risque par là de s’aliéner le soutien du lobby LGBT, à affirmer à L’Obs : “Sur le fond, la communauté LGBT sait mon profond attachement au progrès de ses droits et trouvera toujours en moi un défenseur.” Quand bien même on trouverait un journaliste pour invoquer une dialectique trop complexe pour la droite, n’importe qui ayant un minimum de logique s’apercevra qu’il s’agit là d’une contradiction flagrante. Tel est l’homme politique du XXIe siècle : il ne s’embarrasse pas de la vérité, tant qu’il peut faire parler de lui et gagner des voix.

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