Il l’a fait. Il a appuyé sur le bouton des frappes contre la Syrie.

Ceux qui rêvaient d’une revenue sur la scène internationale et capable, non pas de faire la leçon au monde entier, mais, en certaines circonstances, de s’abstenir, de se démarquer, de ne pas se compromettre et surtout de ménager l’avenir pour préparer la paix, en sont pour leurs frais. L’ambassadeur russe aux États-Unis a, d’ailleurs, annoncé que ces frappes représentaient “une insulte à l’égard de Vladimir Poutine”. La a ajouté qu’il y aurait des conséquences. Qui peut en douter ?

Ces frappes auront-elles une efficacité, après sept ans d’un conflit horrible ? Au moment où cette guerre a été gagnée par Assad et où c’est la Russie qui a été la plus clairvoyante et la plus efficace pour mettre hors d’état de nuire les rebelles islamistes, elles résonnent surtout comme un terrible aveu d’échec des Occidentaux qui n’ont pas su gérer la situation, et qui essaient d’exister aujourd’hui.

Sur l’affaire syrienne, Emmanuel a fait du Hollande et même pire, puisque son prédécesseur n’était heureusement pas passé à l’acte, sur ce coup-là. Et que, s’il l’avait fait, il l’aurait fait en suivant Obama. Ce qui avait tout de même une autre allure… Emmanuel Macron – il faut se pincer pour y croire – a suivi .

Où est-elle, cette poignée de main virile de l’été dernier qui nous disait que la France, pays de la mesure et de l’intelligence, apôtre du multilatéralisme, allait enfin sortir des sentiers battus de la politique servilement atlantiste initiée par Nicolas Sarkozy ?

Certes, cette intervention, comme toujours, se drape dans de bons sentiments : les Occidentaux sont les chevaliers blancs se dressant contre la barbarie des armes chimiques. Certes, elle est “ciblée”, comme l’a déclaré au petit matin Jean-Yves Le Drian, ou “circonscrite”, selon le mot du président de la République dans son communiqué de 3 h 26, et elle a visé un centre de recherche et de développement des armes chimiques à Damas, un dépôt d’armes chimiques à Homs et un second dépôt d’armes chimiques dans la région.

Mais on ne peut, comme toujours, se départir de l’idée que ces actions militaires, pour nos dirigeants occidentaux, sont malheureusement imposées par leurs grandes difficultés intérieures, évidentes pour Trump, et pour Mme May qui n’arrive pas à se dépêtrer de la gestion de son Brexit. Mais même en France, cela semble une spécialité : François Hollande avait déclenché l’opération Serval le dimanche de l’une des plus grosses manifestations contre la loi Taubira, en 2013, histoire d’occuper le “20 Heures” et d’essayer de revêtir l’uniforme de chef de guerre. Et dans le cas d’Emmanuel Macron, le voir rajouter cette diversion militaire à son agitation médiatique de la semaine pour faire passer au second plan l’agitation sociale, les et les violences dans les et à Notre-Dame-des-Landes ne laisse pas d’inquiéter. En tout cas, le soupçon est là, dans l’opinion publique.

On avait l’impression qu’Emmanuel Macron avait beaucoup appris des déboires de ses deux prédécesseurs. Il n’a, visiblement, pas mesuré à quel point l’affaire libyenne pour Nicolas Sarkozy et la politique syrienne de François Hollande les avaient grandement discrédités auprès de leurs électeurs. Avec raison.

En ce 14 avril 2018, Emmanuel Macron nous fait regretter Jacques Chirac.

14 avril 2018

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