Economie - Editoriaux - 17 décembre 2018

Macron revient-il en partie sur ses annonces du 10 décembre ?

Le mouvement des gilets jaunes semble s’essouffler : l’acte V a vu moins de monde dans les rues. Par-ci, par-là, des ronds-points restent bloqués, mais ils vont progressivement se libérer. Mais rien ne dit que la grogne sociale ne reprendra pas en janvier et, surtout, qu’elle ne se traduira pas au niveau politique lors des prochains scrutins.

Les annonces d’Emmanuel Macron ont eu un effet incontestable et l’on peut se demander s’il n’essaye pas de revenir en partie sur les cadeaux promis, compte tenu du flou qui entoure la mise en application des mesures annoncées. Accordons-lui, néanmoins, que la mise en œuvre est complexe et que le créneau pour passer devant le Parlement est réduit à deux jours. Pour les retraités dont le revenu fiscal est compris entre 1.200 et 2.000 euros, la baisse de la CSG interviendra en juillet. Mais on promet un rattrapage pour le trop-versé depuis le 1er janvier. La défiscalisation des heures supplémentaires interviendrait en juin et non en janvier. La désocialisation (suppression des charges sociales) sera également avancée au début du second semestre. On ignore combien d’entreprises vont verser la prime exceptionnelle défiscalisée, mais on peut craindre qu’elle ne reste marginale et, surtout, que les employeurs y voient en priorité une aubaine : ils avaient l’intention d’augmenter leurs employés avant l’annonce de M. Macron, mais ils vont profiter de ce dispositif pour diminuer leurs charges.

Comme beaucoup le craignaient, les 100 euros d’augmentation ne toucheraient que 55 % des smicards. En effet, le gouvernement augmente la prime d’activité de 70 euros (elle devait, déjà, être majorée de 30 euros au 1er janvier), mais celle-ci n’est versée aux personnes touchant entre 0,5 et 1,2 SMIC que si le conjoint a des revenus modestes. Le gouvernement a élargi les critères pour toucher plus de foyers (5,5 millions de personnes seront impactées) mais, pour finir, seule une grosse moitié des smicards sera augmentée. Ce geste coûtera 2,5 milliards d’euros à l’État. Le gouvernement n’avait guère de choix : il ne pouvait jouer que sur la prime d’activité. Les entreprises, qui sont soumises à une rude concurrence internationale, ne pouvaient pas augmenter les salaires. Certes, par exemple, le SMIC, au Luxembourg (qui est un paradis fiscal), atteint 1.990 euros, mais la Grande-Bretagne et l’Allemagne sont au même niveau que le nôtre. Baisser les charges uniquement pour les bas salaires a déjà été fait et nous avons atteint le maximum possible. Le Conseil constitutionnel aurait probablement retoqué toute mesure supplémentaire, car contraire à l’égalité entre les contribuables.

Certains peuvent regretter que le « jeu » naturel du capitalisme soit ainsi court-circuité. C’est oublier que le marché est efficace pour créer des richesses mais pas pour les répartir. Il favorise surtout les « très riches » : preuve en est qu’en 2018, le nombre de milliardaires a explosé. Si on laisse le capitalisme agir sans contrepoids, il a tendance à baisser les salaires, quitte à importer des travailleurs. Avec un volet d’immigrés prêts à accepter n’importe quelles conditions, le « capital » peut ainsi menacer les ouvriers et les employés et les obliger à modérer leurs prétentions salariales. C’est pourquoi l’État est nécessaire, et la prime d’activité est donc un impôt négatif qui est vertueux car il ne profite qu’à des travailleurs.

À lire aussi

La suppression de la taxe d’habitation met aussi les départements dans une situation financière délicate

À la fin de ce jeu de bonneteau fiscal, le contribuable paiera bien la suppression de la t…