Macron : populiste ou démagogue ?

Nouveau rebondissement dans l’affaire présidentielle : vient d’affirmer qu’il était populiste. Voyez plutôt : « Si être populiste, c’est parler au peuple de manière compréhensible sans passer par le truchement des appareils, je veux bien être populiste. » Celle-là, on ne s’y attendait pas ! L’insulte suprême, depuis que l’on s’est rendu compte que traiter les gens de « nazis » n’aidait pas à la crédibilité d’un propos, est aujourd’hui reprise par Emmanuel Macron lui-même, l’infante du royaume de Hollandie.

Lui aussi se « met dans les pas de »… Allez, je vous laisse deviner… Alors ? Le général de Gaulle ! Bravo à ceux qui ont trouvé. Voyez plutôt : « De ce point de vue, le général de Gaulle l’était [populiste, NDLR]. » Le pauvre vieux « Général » est un peu devenu le père putatif de tout le monde politique et de toutes les idées débiles de nos politiciens. Macron a cependant bien compris le filon (avec un seul “l”), l’idée étant de se donner une comparaison crédible d’homme providentiel à la Napoléon. En somme, Macron joue parfaitement son jeu : il revient aux fondamentaux de la Ve République en essayant d’incarner non pas un programme mais une personnalité !

« Mais il ne faut pas confondre avec la démagogie, qui consiste à flatter le peuple dans ce qu’il a de plus bas. Donc, appelez-moi populiste si vous voulez. Mais ne m’appelez pas démagogue, car je ne flatte pas le peuple…” Ben voyons, ça ferait vulgaire ! Et puis, surtout, venant de la part d’un homme qui balance des « Je vous aime » dans ses discours, qui va dire aux Algériens que la France a commis un crime contre l’humanité, puis aux pieds-noirs qu’il « les a compris »… Mais bon, on ne va pas lui demander d’apprendre l’Histoire de France alors qu’il pourrait être l’artisan de l’Histoire de l’Europe avec un grand “E” !

« Il aime qu’on lui mente, le peuple », a dit un grand philosophe un peu teigneux dans Rabbi Jacob. Comme quoi l’on retrouve quelquefois plus de bon sens politique dans les comédies françaises qu’à l’Assemblée nationale (une autre sorte de comédie)… Macron est le symbole de cette vérité politique : héritier du hollandisme, défenseur inconditionnel de Maastricht et de l’Union européenne, qui invoque de Gaulle et Jeanne d’Arc pour parler au peuple français et faire croire qu’il est national avant d’être international… Et le peuple aime ça !

Et le pire, dans tout ça : Emmanuel Macron est persuadé d’être en parfaite cohérence dans sa pensée et son idéologie… Comme tous les gourous… Populiste ? Surement pas ! Démagogue ? Surement, oui ! Dans les deux cas, on ne peut que s’inquiéter que ces deux mots, qui expliquent une relation (manipulation ?) entre un candidat et le peuple, soient considérés comme des insultes… Doit-on en déduire que, pour faire de la politique, il faut s’adresser à tout le monde sauf au peuple ?

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