Editoriaux - Table - 12 mars 2017

Macron, le nouveau Kennedy français ? Vaudrait mieux pas !

La « Macronmania » bat son plein. Depuis qu’Emmanuel Macron caracole en tête des sondages, qu’il est crédité, selon certains d’entre eux, de 60 % des voix au second tour face à Marine Le Pen, il s’attire les ralliements de toute part. Son tableau de chasse est impressionnant, de Robert Hue (ancien secrétaire général du PCF) à Renaud Dutreil (ancien ministre de Jacques Chirac) en passant par François Bayrou, Jacques Attali, Pierre Bergé, Alain Minc, Bertrand Delanoë et bien d’autres !

Le sémillant trentenaire est déjà perçu comme « le nouveau Kennedy français », si l’on accorde foi aux propos de Mme Corinne Lepage tenus sur le plateau de Public Sénat le 10 mars dernier. “J’espère que Macron sera un très grand Président comme l’a été Kennedy”, a-t-elle déclaré, soulignant le peu d’écart que les hommes pourraient avoir en cas d’élection : 39 ans pour Macron contre 41 pour John Fitzgerald Kennedy. La jeunesse peut-elle être le seul point commun que pourraient avoir les deux hommes ?

Sans préjuger de l’avenir, penchons-nous sur le passé du président américain assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas. À la lumière de récentes recherches, les historiens admettent volontiers que le mensonge et la corruption ont rythmé la vie du clan Kennedy. Les rapports qu’ils ont entretenus avec la mafia restent pour le moins troubles. Les historiens reconnaissent que le patriarche, Joseph (1888-1969), qui fut ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne et proche d’America First 1, comptait des mafieux notoires parmi ses proches. Cette proximité aurait permis à John F. Kennedy de financer et d’appuyer sa campagne électorale pour la présidence qu’il a remportée en 1960. Une promesse non tenue envers la mafia serait-elle à l’origine de son assassinat trois ans plus tard ?

Dans un livre paru en 1998, le journaliste Seymour Hersh a confirmé les vieilles rumeurs de liens avec la mafia. Il a aussi dévoilé, grâce aux témoignages très explicites de membres du service secret chargé de la sécurité à la Maison-Blanche, une partie plus sombre du personnage. Selon eux, le premier président catholique des États-Unis était sujet à de nombreuses migraines qu’il soignait dans les bras de ses nombreuses maîtresses mais aussi de prostituées. “J’ai mal au crâne si je ne peux pas tirer mon coup chaque jour”, a confié un jour Kennedy à un ami sénateur. D’ailleurs, son entourage lui fournissait des filles de joie qui avaient leurs entrées au palais, et notamment à la piscine intérieure, cadre habituel des défoulements présidentiels. Voyages et week-ends pouvaient être l’occasion de vraies parties fines entre amis, comme cette soirée à Palm Springs, chez le chanteur Bing Crosby, où un des policiers a pu voir “Powers [un membre du cabinet, ndlr] occupé à [trousser] une hôtesse. À l’autre bout de la piscine, le président buvait un verre et s’amusait avec des filles. Tout le monde était à poil.”

Alors, faut-il, comme le souhaite Corinne Lepage, appeler de ses vœux qu’Emmanuel Macron soit notre Kennedy français ? Le sexe, la mafia et la corruption pourraient-ils devenir l’avenir de la France ? Il vaudrait mieux éviter de tomber de Charybde en Scylla.

Notes:

  1. Mouvement mené par l’aviateur Charles Lindbergh et qui se prononçait contre toute intervention des États-Unis en Europe

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