Editoriaux - Politique - 16 novembre 2016

Macron et nos enfants

M. Macron est un opportuniste qui a du flair. Son positionnement anti-système, ni gauche ni droite, ses rappels incessants de la grandeur séculaire de la France, son appel à une “révolution démocratique”, son refus des hommes du passé pour la conduire sonnent juste et correspondent à l’état du pays.
 
Mais tout candidat anti-système sait la difficulté à traduire ce sentiment largement partagé en succès électoraux, tant le système, même en faillite, sécrète de défenses. Mme Le Pen en sait quelque chose. M. Mélenchon aussi. Et puis, ils commencent à être nombreux, nos candidats anti-système… Il n’est pas certain que M. Macron réussisse sa percée sur ce créneau très encombré.
 
Mais il a un autre atout qui pourrait, lui aussi, se retourner en boulet. Certes, sa figure, avec la jeunesse, la réussite sociale, la transgression-trahison de celui qui lui a mis le pied à l’étrier en politique respirent une modernité individualiste et émancipée très à la mode.
 
Mais c’est là aussi sa grande faiblesse. Car affirmer que “la France est un projet d’émancipation des individus”, c’est historiquement faux, c’est politiquement très réducteur car cela revient à se vouer au seul libéralisme, et c’est s’inscrire précisément dans le système que M. Macron prétendait dénoncer. Car c’est tout le projet de la gauche, et de la droite libérale, d’avoir voulu, souvent à marche forcée, conduire des émancipations tous azimuts (couples, familles, nation, etc.), avec le résultat que l’on voit aujourd’hui.
 
C’est aussi faire une erreur d’appréciation sur l’état d’esprit des Français. Certes, ils souhaitent davantage de libertés dans quelques domaines et la fin de certains communautarismes dangereux, et d’abord celui de l’islam, mais ils sont tout aussi malades de l’affaiblissement systématique des communautés de base que sont la famille et la nation.
 
M. Macron est le spécimen en apparence épanoui d’un individu émancipé qui passe de Rothschild à Bercy, qui soutient M. Hollande puis le trahit, tout ça sans aucun état d’âme. Cela peut plaire à certains, être même un modèle. Mais on a aussi le droit de vouloir mieux pour soi-même et pour ses enfants que cet individu émancipé. Émancipé de tout. Sauf de tous les libéralismes.
 
“L’enjeu est de rassembler la France, car cette transformation de notre pays, ce n’est pas un combat contre quelqu’un, contre un camp, c’est un combat pour nous tous, pour nos enfants.”
 
« Nos » enfants ? Les vôtres, M. Macron, mais pas les nôtres. Car, au fait, où sont vos enfants, M. Macron ? Qui sont-ils ?
 
Avant de vouloir devenir Président, peut-être vous faudrait-il d’abord commencer par cette expérience fondatrice-là, M. Macron. Vous êtes encore jeune et tous les espoirs vous sont permis.

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