Editoriaux - Industrie - 3 octobre 2017

Macron, ou l’homme qui défait la France pour faire l’Europe

Bruno Le Maire a annoncé, vendredi, qu’il prendrait la direction d’un « comité national de suivi » chargé de contrôler les engagements de Siemens vis-à-vis d’Alstom.

À l’évidence, il cherche à rassurer les salariés de l’entreprise.

En effet, il y a lieu d’essayer de rassurer les salariés comme l’ensemble des Français, d’ailleurs. Car avec l’absorption d’Alstom par Siemens, ce n’est pas seulement un de nos fleurons industriels qui est amputé, c’est la France des grands champions industriels qui se meurt.

Arnaud Montebourg avait su en son temps, lui, le chantre du “Made in France”, maintenir sous respirateur la France et défendre son indépendance. Quelques années plus tard, les fidèles de la secte fédéraliste ont porté un coup fatal à cette ambition sous couvert d’adapter notre pays au monde.

Aujourd’hui, tout est bon pour rabaisser le peuple français, le faire douter de lui-même. Macron illustre parfaitement ce dénigrement national, lui qui considère qu’il n’y a de salut possible pour notre pays qu’au travers de l’Europe.

“Il nous faut créer un champion européen , entendions-nous ainsi son collaborateur s’exprimer, jeudi soir, sur France 2. Nous ne pourrions soi-disant pas faire face à la concurrence chinoise.

Que l’on dise cela d’une entreprise malade, je peux le comprendre, mais pas quand celle-ci a plusieurs dizaines de milliards d’euros de commandes. Champion européen, donc. Sur le modèle d’Airbus.

Faux : pour Airbus, tous les États partenaires disposent de la même part au capital, c’est à dire 15 %. Ici, en revanche, la gouvernance sera allemande. Le problème n’est pas tellement celui de l’Allemagne en tant que telle mais plutôt qu’après Lafarge ou encore Alcatel, on nous fait constamment croire que le passage sous contrôle étranger n’aura aucune incidence pour nos emplois, alors qu’à chaque fois, on s’aperçoit que c’est un mensonge. Malheureusement, les chiffres parlent deux-mêmes : l’industrie nationale est passée de 15,7 % du PIB en 2000 à 11,2 % en 2014.

La mondialisation a, certes, ses excès, qu’il convient de réguler, mais la rendre responsable de tous nos maux résulterait d’une paresse intellectuelle. Le Japon n’a-t-il pas bâti une stratégie économique globale appuyée par le développement massif des outils d’intelligence économique ? Résultat : ce pays enregistre un taux de croissance de 4,2 % en 2010. Comme quoi l’État n’est pas forcément l’homme à abattre. Il peut aussi jouer le rôle de l’huile qui fait pousser les cheveux de l’économie en harmonisant les efforts de tous les acteurs sans céder aux logiques uniformisantes et au danger du libre-échange intégral.

Ces annonces d’un Airbus européen, c’est en quelque sorte “l’arbre qui cache la forêt”. À l’image de son projet pour l’Europe qui resserre le carcan bruxellois, Macron cherche ici à fondre toujours plus la province France dans le grand ensemble européen.

C’est le signe qu’il est “hors-sol”, car 52 % des Français sont favorables au “Made in France”.

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