Editoriaux - Politique - Presse - Société - 10 mars 2017

Macron, Fillon, Le Pen ? C’est aussi une question de maturité

On dit souvent que l’élection présidentielle est la rencontre entre un homme et son projet, et le peuple. Et M. Fillon a habilement placé l’épisode du Trocadéro dans cette perspective.

Il faudrait, pour tenter de mesurer les chances de l’emporter des trois prétendants du moment, ajouter un critère important : la maturité. Maturité à la fois de la personnalité politique et de son projet.

Pour évaluer la maturité de leur personnalité politique, il est évident que compte aussi ce que ces trois candidats nous donnent à voir de leur personne privée. Et tous les trois ont bien compris l’importance de cette dimension. Le Pen et Fillon sont passés chez Karine Le Marchand et Macron n’a cessé de mettre en avant Brigitte dans la presse. Face au représentant d’une famille traditionnelle, les deux autres candidats incarnent une modernité (famille recomposée pour Marine Le Pen) voire une post-modernité (Macron zappant l’expérience de la paternité regardée comme un obstacle à sa carrière et épousant son professeur de français plus âgé de 20 ans). Modernités dont il n’est pas certain qu’elles soient un signe de maturité pour beaucoup de Français.

Si l’on examine maintenant leur personnalité politique, il y a d’un côté l’expérience, et de l’autre le caractère politiques. Marine Le Pen pâtit d’un manque d’expérience gouvernementale que n’a pu combler l’échec des régionales. Et l’on a bien compris que le rapide passage par Bercy n’était destiné, pour M. Macron, qu’à étoffer un CV politique inexistant auparavant. De ce point de vue aussi, M. Fillon remporterait donc le match.

Pour ce qui est du caractère et des épreuves politiques, chacun des trois peut se prévaloir d’être un affranchi, d’avoir dû, à un moment, s’affirmer contre une autorité qu’il jugeait dépassée et préjudiciable à son éclosion politique. Mme Le Pen contre son père, M. Macron contre M. Hollande. Mais, là encore, M. Fillon, depuis ses rebellions contre Chirac en 2004, contre Sarkozy ensuite, et jusqu’à son combat encore fumant contre les apparatchiks, a révélé le tempérament le plus déterminé et le plus abouti.

Jusqu’à son rapport aux partis politiques censés le soutenir : il a anéanti leurs prétentions, par son assise populaire et la mobilisation de réseaux parallèles. M. Macron, lui, a décidé de partir en campagne en start-uper, à la tête d’un parti nouveau, sans contours définis, ouvert à tous les égarés ou les carriéristes. Quant à Mme Le Pen, elle s’appuie sur un parti fort, mais dont le principal défaut est le manque d’ouverture. Pour ces deux-là, les limites de leur parti préfigurent la question épineuse de leur majorité future, s’ils parviennent à gagner l’élection.

Enfin, se pose la question de la maturité du projet. M. Macron, en ne misant béatement que sur un libéralisme économique façon Hollande, et donc peu prometteur, et surtout sur un libéralisme sociétal, se trompe sur les attentes des Français. Mme Le Pen, si elle dresse les bons constats en matière européenne et migratoire, peine à convaincre sur les questions financières et économiques. Là encore, le projet de M. Fillon, libéral en économie, souverainiste en politique européenne et conservateur sur les sujets de société, serait certainement le plus abouti.

Mais, dans son cas, les doutes ne portent pas sur la nature du projet mais, au vu de l’expérience gouvernementale passée, sur la capacité à le mettre en œuvre réellement. Et ce n’est pas le pathétique spectacle de l’armée des mous et des girouettes qui ont quitté le navire Fillon pendant trois jours qui pourra nous rassurer. Sur ce point clé, il lui faudra apporter d’autres signes de maturité.

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