Le ton monte entre France et . Pour , devrait « subir des examens de santé mentale ». Lui emboîtant le pas, certains médias locaux taxent la France de « fascisme » et « d’islamophobie ». Comme quoi, à défaut d’intégrer l’Europe, les Turcs semblent avoir parfaitement assimilé les codes politico-sémantiques occidentaux.

Une telle surenchère rappelle l’Iran de 1989, lorsque Téhéran met à prix la tête de l’écrivain indo-britannique Salman Rushdie, alors tout aussi inconnu que le journal danois Jyllands-Posten, ayant publié les caricatures du prophète en 2005, relayées un an plus tard par Charlie Hebdo. Pour l’ayatollah Khomeiny, il s’agit, à l’époque, de démontrer que la Perse chiite est en pointe dans la défense de l’islam, au contraire d’un monde sunnite accusé de mollesse.

Erdoğan ne raisonne pas autrement : mobiliser le monde musulman pour mieux mobiliser son électorat. Ce n’est pas du luxe, au vu des sondages concernant la présidentielle de 2023 qui lui accordent 38,7 % des voix, contre 41,9 % à son grand rival Ekrem İmamoğlu, le nouveau maire d’Istanbul qui a réussi à ravir cette ville à l’AKP, le parti présidentiel. Et puis, il y a cet aventurisme en politique étrangère qui met la Turquie dans une position de plus en plus délicate.

En effet, Ankara ne saurait se battre sur tous les fronts. Déjà, avoir discrètement joué la carte de Daech en Syrie pour qu’ensuite, ce mouvement commette des attentats à la bombe à Istanbul, voilà un double, voire un trouble jeu n’ayant pas enchanté ce peuple l’ayant mis au pouvoir. Ensuite, son activisme en Libye et en Méditerranée, face aux Grecs, puis son soutien inconditionnel à l’Azerbaïdjan, dans la guerre du , voilà qui commence à faire beaucoup.

Ce, d’autant plus que cette politique lui vaut à la fois méfiance grandissante de l’OTAN, agacement de Moscou et courroux de Téhéran, capitale qui vient de déployer ses troupes à la frontière de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie. D’où le choix d’Emmanuel Macron comme… tête de Turc. Le problème, c’est que ce dernier n’est finalement pas en meilleure posture. Car si les arguments du président turc sonnent faux, ceux de son homologue français ne tintent guère plus juste.

Ce dernier pourrait évoquer les problèmes posés par une immigration de masse conduisant à la présence, sur notre sol, de millions de musulmans trop souvent rétifs à nos mœurs et coutumes. Et surtout à arguer du fait que si l’islam est devenu deuxième religion de France, ce n’est pas pour autant qu’ils doivent être assujettis à des autorités étrangères.

Oui, il pourrait, surtout quand on sait que la Turquie nous envoie, à elle seule, la moitié des trois cents imams étrangers exerçant ici leurs talents. Il pourrait, mais ne peut pas, son seul argument résidant en la défense de ces fichues caricatures, comme si le génie français s’y résumait. Comme s’il ne savait pas que les musulmans, à l’instar des chrétiens, ont longtemps été divisés entre iconoclastes et iconodules ; les uns refusant les représentations humaines et les autres les vénérant.

Mais dans le cas du prophète, c’est l’interdit ultime en islam : même les iconodules musulmans le représentent le visage dissimulé par un masque blanc. Bref, la chose est aussi négociable qu’une sculpture de la Vierge Marie en maillot de bain deux pièces pour les catholiques, modérés ou non.

Le pire, c’est qu’en matière de caricatures, la France n’est pas exempte de tous reproches, tel qu’en témoigne le procès intenté, en 2017, au socialiste Gérard Filoche pour avoir mis en ligne un dessin représentant Emmanuel Macron, Jacob de Rothschild, Patrick Drahi et Jacques Attali, tous quatre affublés d’un brassard nazi. Gag, cette caricature venait du site d’Alain Soral, communiste passé au populisme et menacé de prison ferme pour, entre autres motifs, publication de caricatures tombant sous le coup de cette loi française censée garantir la liberté d’expression.

Pour grimper au cocotier, encore faut-il avoir la culotte propre. Nul doute que le président Erdoğan goûtera cette vieille expression coloniale.

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