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Editoriaux - Politique - Société - Table - 28 août 2015

Macron chez les patrons, Marion chez les curés. Mais où va le monde, franchement ?

Essayez de vous mettre, un instant seulement, à la place de ceux qui ne pensent pas forcément comme sans doute la majorité des fidèles lecteurs de Boulevard Voltaire. Eh bien, les nouvelles sont terriblement déroutantes, aujourd’hui… Un instant seulement, vous dis-je.

Ainsi, avoir lu pieusement pendant 40 ans La Vie, Le Monde ou Le Nouvel Obs, comme d’autres lisent leur bréviaire, avoir voté Mitterrand, Jospin, Chirac – parce que l’on ne pouvait faire autrement -, Bayrou, Royal, Hollande, fait 2,1 enfants dont un qui a fait Science Po, manifesté pour le PACS en 1999, contre Le Pen en 2002, souhaité le mariage des prêtres, vilipendé Jean-Paul II lorsqu’il condamnait l’avortement, applaudi Jean-Paul II lorsqu’il embrassait un sidaïque, adoré les 35 heures qui permirent de consacrer plus de temps à l’association de défense des sans-papiers de son quartier. Bref, avoir vécu toutes ces belles et passionnantes choses pour finalement en arriver à ça.

À quoi ? À l’effondrement des totems et tabous qui réglaient si confortablement la vie bourgeoise et si délicieusement bohémienne que l’on s’était arrangée avec patience durant ce demi-siècle. Même l’Église, autrefois réactionnaire, avait jeté sa soutane aux orties et allait devenir une sorte d’ONG bien sympathique, accommodante et surtout tolérante. Un demi-siècle consacré, par ailleurs, à détruire les tabous et totems des générations précédentes : notamment la patrie, le travail, la famille, ce tiercé qui – placé dans le désordre – était naguère dans le programme de pratiquement tous les partis, y compris au PCF !

Et ne voilà-t-il pas que, dans la même journée, un totem et un tabou s’effondrent.

Un totem qui s’effondre : un ministre d’un gouvernement socialiste, Emmanuel Macron, affirme tout de go devant une assemblée de patrons, ravis comme pastoureaux à la crèche, que « la gauche a cru que la France pouvait aller mieux en travaillant moins, c’était des fausses idées ». Il y a de quoi s’étrangler au petit déjeuner en mangeant sa biscotte tartinée de confiture au gingembre équitable. Heureusement, Claude Bartolone s’est empressé de déclarer que Macron a eu « une fausse bonne idée » sur ce sujet des 35 heures et « que chacun fasse attention à ses propos ». C’est tout de même rassurant de voir qu’il y a encore des socialistes respectueux des dogmes.

Un tabou qui s’effondre : un prélat, Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, ose convier à une université catholique d’été l’incarnation même du mal : Marion Maréchal-Le Pen. Et, en plus, cette université est destinée à des jeunes… Comment peut-on oser faire cela ? Donner la parole à cette députée qui appartient à une formation politique qui, d’abord, ne représente qu’un tiers des électeurs. Une députée qui a même manifesté contre le mariage homosexuel ! C’est à laisser tomber sa biscotte dans son bol de thé (lui aussi équitable). Heureusement, là encore, que le porte-parole de la Conférence de nos évêques de France, Mgr Ribadeau-Dumas, est venu remettre les choses en place en déclarant dans La Croix à propos du FN qu’« un certain nombre de ses idées sont clairement en opposition avec l’Évangile et avec la vision chrétienne de la société ». Le FN, ce n’est pas comme le PS, par exemple, qui, lui, défend ardemment une vision chrétienne de la société, comme chacun sait.

Plus de tabous, plus de totems. Franchement, où va le monde ?

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