Editoriaux - Justice - Politique - Table - 14 septembre 2016

M. Cahuzac mérite-t-il de la prison ferme, vraiment ?

Le parquet national financier a donc requis trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité contre l’ex-ministre et ex-député-maire de Villeneuve-sur-Lot . Et deux ans de prison ferme contre son ex-épouse.
 
Nul doute que la classe politique applaudira à ces réquisitions, ravie de pouvoir se parer d’une tunique de vertu dont elle a bien besoin, aux dépens de l’un de ses plus brillants représentants. Nul doute que l’opinion savourera aussi cette revanche contre un puissant, se délectant de la déchéance de ce grand d’hier, l’image de la prison ferme agissant comme un excitant. Et il se pourrait bien qu’un troisième corps – la justice – trouve dans ces peines “exemplaires” de quoi redorer son blason terni par tant d’errements, notamment dans le traitement des affaires terroristes.
 
Dans un tel contexte, ces peines sont-elles véritablement adéquates?
 
Il y a deux jours, M. Valls avouait qu’il manquait des milliers de place de prison, reconnaissant la faillite idéologique de son gouvernement, de la gauche et de Mme Taubira en matière d’insécurité et de terrorisme, aveugles qu’ils ont été devant la situation dramatique du pays. Et, s’il manque tant de places en prison, ce n’est pas pour les VIP comme M. Cahuzac. Et l’on ne voit pas ce qu’apporterait de la prison ferme pour l’amendement de M. Cahuzac, et pour la sécurité des Français, qu’il n’a jamais menacée.
 
À l’heure où des apprentis terroristes et d’autres, plus confirmés, déambulent en liberté dans notre pays, où d’autres se mutinent dans nos prisons, la condamnation à de la prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale apparaît tout simplement… décalée, hors sujet. Et cette peine de prison ferme, non aménageable, alors que nos djihadistes purgeaient, ou ne purgeaient pas, des peines insignifiantes, laisse sceptique.
 
Il ne s’agit pas de contester la gravité des délits, mais de les remettre en perspective, dans le contexte de guerre que nous vivons. Des amendes fortes, une vraie peine d’inéligibilité, bien supérieure à cinq ans, ne seraient-elles pas bien plus appropriées au cas Cahuzac que de la prison ferme ? Bien plus à même de le punir dans les deux domaines où il a failli : l’argent et le pouvoir ?
 
Il ne s’agit pas non plus de défendre M. Cahuzac : en tant que Villeneuvois, nous avons subi sa morgue, ses mensonges locaux, sa politique clientéliste, sa fiscalité dévastatrice qui a laissé sa ville exsangue économiquement et socialement.
 
Mais il s’agit de dénoncer la vigilance tardive et l’acharnement suspect d’une justice et d’une gauche qui furent aussi aveugles et extrémistes dans l’adulation d’un homme, dont les ambiguïtés étaient pourtant manifestes, qu’elles le sont aujourd’hui dans sa condamnation.
 
Et, à entendre la procureure lancer “On a dit que c’était le procès du mensonge, je pense que c’est le procès de la trahison. La trahison de votre éducation, de votre serment de médecin, de la confiance de vos électeurs et des institutions républicaines”, on se dit qu’il serait bon que l’arbre de la trahison Cahuzac, aux effets somme toute limités, ne cache pas la forêt des “trahisons” de la gauche qui l’a soutenu, trahisons dont les Français découvrent tous les jours les conséquences dramatiques sur l’état de la France.

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