Par quoi les écolos lyonnais allaient-ils bien pouvoir inaugurer leur entrée triomphale à l’hôtel de ville, place des Terreaux ? Fallait un truc qui frappe fort les esprits. Qu’on réalise bien qu’on entrait dans un temps de rupture. Que c’en était fini de cette gentille succession de maires débonnaires à la Édouard Herriot, qui se goinfraient de saucisson brioché et buvaient du beaujolais. Qu’on comprenne vite que ça allait changer vite. Que, d’ailleurs, ça avait déjà commencé de changer.

Faire planter dès potron-minet par les enfants des écoles, habillés d’une jolie blouse verte, mille et pourquoi pas dix mille chênes, à l’aube de cette ère nouvelle, eût été un geste fort. Tout simplement beau. Mais paraît qu’il faut du temps avant que cet arbre gaulois par excellence ne donne des glands. Libérer les animaux du parc de la Tête d’or eût été aussi une riche idée. Un lâcher d’éléphants et de panthères, sur le coup de sept heures du matin, sur la rive gauche du Rhône quand les bagnoles jouent à la queue leu leu, c’est quand même autre chose qu’un lâcher de salopes au Macumba Club à deux heures du mat’. En plus, ça donnerait d’emblée le la du mandat. Ils n’y ont peut-être pas pensé, les écolos qui gouvernent désormais Lyon. J’hésite, d’ailleurs, à laisser cette idée se balader librement dans l’air. Des fois qu’ils le fassent, que ça provoque un accident du côté de la Part-Dieu, il se trouverait bien quelqu’un pour venir me reprocher d’avoir suggéré cette belle idée. Autre proposition, encore : attaquer au marteau piqueur ou à la pioche, tout bonnement, rapport à la pollution, la place Bellecour pour la transformer, avant l’automne, en vaste jardin potager populaire. Tant pis si les classes populaires n’habitent plus le quartier depuis longtemps.

Mais non, rien qui ressemble à un retour à la nature, qui nous ramènerait au temps où Lyon n’était encore que Lugdunum, avant que ces colonialistes de Romains n’importent, entre Rhône et Saône, leur manie de construire des monuments faits pour durer. Même pas une petite ouverture d’artère réservée aux naturistes les jours pairs. Rue de la République, surnommée rue de la Ré, cela aurait fait sens. Rien de tout cela.

Non, les écolos de Lyon inaugurent leur mandat par une banale et tristounette adoption de l’ pour la communication de la ville. Franchement, petits bras, ces écolos ! Le nouveau maire de Lyon, Grégory Doucet, est « convaincu de son utilité ». C’est mieux d’être convaincu du bien-fondé des décisions que l’on prend. Il paraît que l’écriture inclusive permet de promouvoir l’égalité femmes-hommes ou hommes-femmes, c’est selon. Dans ce cas, ça ne se discute même pas. L’affaire n’a, d’ailleurs, pas traîné : « Élections des Maires d’arrondissement et de leurs adjoint.e.s. » le 12 juillet, annonçait, le 8 juillet, le site de la mairie de Lyon. « Le ou la Maire d’arrondissement est élu.e avec ses adjoint.e.s par le Conseil d’arrondissement… », explique-t-on aux Lyonnais et Lyonnaises, pardon, aux Lyonnais.es.

Mais ce serait tout de même dommage qu’ils en restent-là. Pourquoi ne pas, dans ce même esprit inclusif, s’attaquer à cette vieille institution lyonnaise qu’est Guignol. Guignol est un homme ? Et pourquoi donc, je vous demande ? Guignole ou Gignolette pourrait prendre la relève. Pareil, Gnafron est un homme ? Il nous faut une Gnafronne sans tarder. Le gendarme est un homme ? Allez, zou ! une femme maintenant ! Pas une gendarmette, on n’est pas à Saint-Tropez, ici. Non, ce sera « la gendarme ». Maintenant, on peut même aller carrément plus loin : Guignol pourrait être transgenre.

Et pour les bêtes de la Tête d’or, on laisse tomber ?

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