« Européens, Européennes : on vous ment, on vous spolie ! » Jamais il n’aura été aussi tentant de paraphraser la regrettée Arlette Laguiller pour qualifier la politique de l’Union européenne.

Affirmer que l’UE ment relève de la tautologie : l’Europe s’est construite sur une série de mensonges fondateurs, au premier rang desquels la pétition de principe affirmant que c’est la construction européenne qui a permis à notre continent d’être en paix depuis 1945, alors même que cette situation n’est due qu’à l’équilibre de la terreur constitutif de la guerre froide.

En revanche, que l’Europe nous spolie aussi ouvertement, c’est nouveau, et ça vient de sortir en exclusivité à Chypre. Cet État membre de l’UE est en telle difficulté financière qu’il vient de lancer un SOS à l’Europe et au FMI, le célèbre duo de pompiers pyromanes, dont la créativité est sans limites. Mieux que les coupes budgétaires, mieux que les bien mal nommées « réformes de structures », c’est le retour de la bonne vieille technique du voleur de grand chemin : le FMI et l’UE font carrément les poches des Chypriotes, en taxant leurs dépôts bancaires.

L’Europe a pris tardivement conscience qu’en frappant tous les déposants, elle violait ses propres engagements qui garantissaient tous les dépôts jusqu’à 100 000 euros. Ceux-ci devraient dès lors être totalement ou partiellement exemptés de taxe : un pas en arrière. Mais il n’en demeure pas moins que, par cet oukase, l’UE a commis une triple faute :

⁃ économique : en imposant une mesure draconienne à une déjà chancelante, en n’exemptant pas les comptes des entreprises, ce qui, en amputant leur capital circulant, va mettre en péril de nombreuses PME, les Diafoirus européens ne valent pas mieux que les médecins d’antan qui ne juraient que par la purge et la saignée, aussi inefficaces fussent-elles. Par ailleurs, les conditions d’une panique bancaire dans l’ensemble des pays du sud de l’Europe exsangues financièrement sont désormais réunies : Chypre ne constituerait-elle pas un simple laboratoire de ce que Bruxelles voudra imposer demain aux citoyens de l’ensemble des pays du sud de l’Europe ? Comment dès lors éviter les retraits massifs d’argent des banques dans ces pays qui risqueraient d’être victimes d’un « credit crunch » funeste pour leur économie.

⁃ politique : le Président chypriote, nouvellement élu, a admis lui-même que l’Europe l’avait mis devant le fait accompli. Même si nous le savions depuis fort longtemps, l’Union européenne est entrée officiellement cette fois dans une phase totalement post-démocratique : la théorie de la souveraineté limitée inhérente à la doctrine Brejnev s’applique pleinement aux États membres de l’Union européenne. Celle-ci réalise depuis des années une gigantesque expérience de Milgram : les gouvernants, inféodés à Bruxelles, imposent à leurs peuples des mesures qui, d’année en année, sont chaque fois plus absurdes et plus douloureuses. Mais leur aveuglement, leur absence de sens de l’intérêt national et leur soumission à l’autorité sont tels qu’ils ne sont pour l’heure que les agents exécutifs d’une volonté étrangère.

⁃ stratégique : les Russes détiennent entre 20 et 30 % des dépôts répertoriés dans les banques chypriotes. S’il ne fait aucun doute qu’une partie des fonds est détenue par la mafia russe ou des exilés fiscaux qui profitent du paradis fiscal chypriote, la décision européenne est perçue à Moscou comme un geste particulièrement inamical qui va provoquer le rapatriement en Russie des capitaux russes et confirmer également son statut de partenaire ondoyant, peu digne de confiance et soumis aux intérêts financiers et politiques anglo-saxons.

Last but not least, l’UE a oublié que les députés étaient élus par le peuple, et qu’il est souvent bien plus difficile de maîtriser une assemblée qu’un chef d’État falot : il ne s’est finalement trouvé aucun député chypriote pour accepter de voir son pays passer sous les fourches caudines de Bruxelles. Alors, qu’attendent les parlementaires français pour proclamer : « Nous sommes tous des chypriotes ! » ?

20 mars 2013

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