Inutile de s’interroger sur les responsabilités des uns et des autres dans le déclenchement des hostilités en . Elles sont, à l’évidence, partagées. Le conflit s’est installé et il a des conséquences géopolitiques majeures pour l’. À la différence de ce qu’il s’est passé naguère en ex-Yougoslavie, il est essentiel que, cette fois, ce conflit soit résolu par les Européens eux-mêmes, en fonction de leurs propres intérêts. Ces intérêts vont dans le sens d’une communauté de vision géopolitique et d’un partenariat entre une Europe “continentale” ou “péninsulaire” et une Russie eurasiatique. S’agissant d’une Union européenne, très inhibée dans ce domaine, ces préoccupations géopolitiques n’entraient pas, jusqu’alors, dans son champ de vision.

Survenant au cœur de l’Europe à l’intersection de deux espaces, tête de pont pour les uns, marche ou glacis pour les autres, le conflit ukrainien imposait la prise en compte de cette dimension géopolitique. Par une de ces heureuses surprises de l’, la , l’ et la Russie ont su imposer à Kiev, en tenant à distance les Américains, un accord de cessez-le-feu. Celui-ci est précaire, mais il semble tenir pour le moment.

Il y a quelques semaines, on pouvait craindre que l’emporte une vision atlantiste. Cette prise de distance vis-à-vis des Anglo-Américains n’est pas du goût de tout . La visite surprise de John Kerry à Londres et les récentes déclarations de David Cameron, concernant l’envoi de “formateurs” destinés à l’ ukrainienne, n’ont d’autre but que de mettre gravement en péril les contacts en cours. Ces réactions, d’une brutalité à peine contenue, inhabituelles entre alliés et membres de l’Union européenne, sont à la mesure des perturbations que provoquent ces négociations perçues comme dissidentes par rapport à la bienséance et à la bien-pensance atlantistes.

Plus que jamais, dans ce contexte de tensions euro-atlantiques, Français et Allemands doivent conserver leur sang-froid, résister aux pressions, ne céder ni aux exigences de Moscou, ni aux excès de Kiev, ni aux provocations séparatistes, et ouvrir la voie à une solution politique qui ne peut être que fédérative et, bien entendu, de non-intégration de l’Ukraine à l’. Les réactions de nombreux membres de l’Union européenne aux propos du Premier ministre britannique montrent combien les préoccupations d’indépendance et de souveraineté commencent enfin à se faire jour dans certains milieux européens.

Il est heureux que, face aux périls, Allemands, Français et Russes conjuguent leurs efforts. Mais force est de constater que l’Europe du « grand large » voit d’un mauvais œil l’avènement de la « grande Europe » continentale. Elle fera tout pour s’y opposer. C’est pour le Vieux Continent le grand enjeu géopolitique de demain, mais aussi sa cure de jouvence.

26 février 2015

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