L’UE suspend l’importation de viande du Brésil : le Mercosur au cœur d’un scandale sanitaire

Salmonelle, hormones de croissance… la suspension sine die des viandes brésiliennes fragilise Ursula von der Leyen.
Photo de Yan Krukau sur pexels.com
Photo de Yan Krukau sur pexels.com

Deux jours après le rejet, par les Islandais, d’une reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, Ursula von der Leyen fait face à un nouveau camouflet. La nouvelle est tombée le 31 août, dans la soirée : l’UE a décidé de suspendre, sine die, toute importation de bœuf en provenance du Brésil. La mesure entrera en vigueur jeudi 3 septembre. Elle pourrait s’étendre aux volailles (et à leurs œufs) ainsi qu’au miel, si les audits en cours les concernant, attendus pour vendredi, s’avéraient négatifs. Suspectés de ne pas respecter les règles sanitaires en vigueur dans l’UE, les producteurs brésiliens concernés mettraient notamment sur le marché des produits contenant des antibiotiques.

Salmonelle dans les poulets en Grèce

Cette décision n’a, pour l’instant, pas été commentée par Ursula von der Leyen. « Le Brésil est un partenaire important de l’UE et nous travaillons étroitement, de manière constructive et positive, avec les autorités brésiliennes afin d'assurer leur conformité à ces exigences », a expliqué le porte-parole de l’Union européenne pour qui, une fois « cette conformité démontrée, les exportations vers l'UE pourront reprendre ».

Si aucun délai n’a été donné quant à une reprise possible des importations, il pourrait se limiter à quelques semaines concernant les volailles, mais s’annonce plus long pour le bœuf.

Cette suspension n’est pas en soi surprenante, et c’est même son intervention tardive qui étonne. Car l’affaire n’est pas nouvelle. En novembre 2025, la Commission européenne avait déjà dû se résoudre à ordonner le retrait du commerce de détail et l’interdiction à la vente de lots de viande de bœuf commercialisés par le géant brésilien JBS. Le ministère de l’Agriculture brésilien avait envoyé des avis au Service d’inspection des produits d’origine animale (SIPOA) à Campo Grande (d’où provenaient les lots) pour l’informer que l’Italie, les Pays-Bas et l’Espagne avaient fait part de leurs soupçons sur la qualité des viandes.

Pourtant, début 2026, Ursula von der Leyen décidait d’appliquer l’accord UE-Mercosur, signé le 17 janvier malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France. Elle passait, alors, outre les nombreuses oppositions et mises en garde venant des États, des eurodéputés (qui avaient voté le dépôt d’un recours contre l’accord) et de nombreux Européens, 94 % des Français s’y opposant. L’accord est donc officiellement entré en application provisoire le 1er mai.

L’étrange lenteur de Bruxelles

Contactée par BV, Véronique Le Floch, ancienne présidente de la Coordination rurale, se souvient que dès « le 8 mai 2026, l’eurodéputée polonaise Jadwiga Wiśniewska (du groupe Conservateurs et Réformistes européens, ECR) interpellait la Commission européenne avec une question écrite faisant état de découverte de salmonelle dans 80 % des échantillons testés sur un lot de trois tonnes de volaille brésilienne ». L’élue demandait comment, dans ce contexte, Bruxelles comptait « garantir la sécurité sanitaire des citoyens de l'UE face à l'augmentation des importations alimentaires en provenance des pays du Mercosur », si une suspension des importations brésiliennes était prévue, et se demandait pourquoi la Commission faisait pression « pour la libéralisation du commerce avec des pays qui ne respectent pas les normes sanitaires de l'UE, mettant en danger les consommateurs européens tout en sapant la compétitivité des agriculteurs de l'UE ».

Or, rappelle Véronique Le Floch, Bruxelles n’a répondu que le 10 juillet, éludant les questions posées et se contentant de vanter la qualité des contrôles sanitaires de l’UE, « les plus stricts au monde ». Mais, stricts ou pas, Bruxelles ne brille cependant pas par sa rapidité, puisque quatre mois se sont écoulés entre l’interpellation par l’eurodéputée polonaise et la suspension des importations. Et l’UE ne fait, finalement, qu’emboîter le pas de la Chine. L’agence Reuters dévoilait déjà, fin mai dernier, la décision de Pékin de suspendre l’importation de bœuf brésilien venant d’un site JBS, après détection de progestérone (une hormone de croissance) dans les lots contrôlés.

En réalité, tout le monde savait depuis bien longtemps que les producteurs brésiliens de viande en général, et le groupe JBS en particulier, prenaient des libertés avec les règles sanitaires européennes. Début juin, BV alertait, d’ailleurs, sur la réputation sulfureuse du numéro un de la viande brésilienne, le groupe JBS.

Le sulfureux groupe JBS reçu par Emmanuel Macron

Comment expliquer que les frères Batista, dirigeants tout-puissants du cartel JBS, aient été reçus comme des chefs d’État à l’Élysée, en novembre 2025 ? Comment expliquer, depuis, l’acharnement d’Ursula von der Leyen à imposer aux forceps un accord avec le Mercosur, par ailleurs d’autant moins urgent que les producteurs de viande des États européens, et notamment en France, ont largement les moyens d’assurer l’autosuffisance de l’UE pour nourrir les Européens ?

Une forte cécité semble décidément avoir atteint les décideurs - la présidente de la Commission européenne au premier chef. Cet aveuglement est-il le signe d’une incompétence ou d’une stratégie volontaire ? Véronique Le Floch penche pour la seconde option, estimant qu’Ursula von der Leyen « s’accroche, à contre-courant de l’Histoire telle qu’elle est en train d’évoluer, à un schéma mondialiste au sein duquel on segmente le monde en régions économiques spécialisées. Et dans ce schéma, la viande vient du continent américain, comme le pétrole vient des émirats. »

Le scandale sanitaire, qui aboutit aujourd’hui à une suspension, va-t-il pour autant conduire à une remise en cause de l’accord UE-Mercosur dans son ensemble ? Rien n’est gagné d’avance, la cécité bruxelloise étant encouragée par l’inconscience (le plus souvent intéressée) de nombreux pays européens, toujours prompts à sauver le soldat von der Leyen, contre vents et marées…

Vos commentaires

75 commentaires

  1. Tiens donc! Ça n’a pas traîné. Force est de constater que les agriculteurs et éleveurs en France ont toujours eu raison. Cette UE est bien une mafia politique. Si la député allemande arrive au pouvoir Alice Weidel, cette union européenne va en prendre un coup dans l’aile, suivie par Giorgia Meloni et bientôt Marine le Pen. Alors espérons que tout sera revu et surtout l’abolition de ce traité Mercosur une erreur monumentale pour les nations européennes. Comment accepter d’importer des produits non conformes aux normes imposées en Europe ? C’est une magouille politico financière des employés de Bruxelles.

  2. Un scandale de plus dans cette UE gouvernée par des incompétents non élus et qui bien souvent sont recasés par leur pays car démasqués comme nuls. C’est le cas d’UVDL dont l’Allemagne ne voulait plus et a casée comme super VRP de Mercedes, Audi et BMW et ça fonctionne au risque d’empoisonner les Européens.

  3. « Véronique Le Floch penche pour la seconde option, estimant qu’Ursula von der Leyen s’accroche, à contre-courant de l’histoire » pas besoin de se faire des noeuds au cerveau : des incapables et corrompus, au féminin et masculin.

  4. Combien de fois Leyent a t-rllr été fragilisée ?!! et elle est toujours aux commandes. Le mal n’est pas Leyen mais cette mafieuse institution Européenne qui qui disait l’autre nous coûte un fric de dingue.

    • Les soutiens de VDL, c’est qui ? Entre autre les députés macronistes, soutenu par la gauche et les LR, qui composent le PPS. Savent bien voter les Français…

    • Complètement ! Nos « gouvernants » sont tous des pions, complètement interchangeables. Virez-en un, un autre est déjà dans les starting-blocks.

  5. Et pendant ce temps nos éleveurs tirent la langue, abrutis par les normes. Il y en a à Bruxelles qui se remplissent bien les poches sur notre dos et notre santé.

    • Mais qui les a élus, « ceux qui se remplissent les poches à Bruxelles » ? Le parti qui soutien VDL c’est le PPS dont font partie les députés macronistes, la gauche et les LR..

    • C est Exact. L exigence imposée à nos éleveurs et agriculteurs fait rager à côté de ce laxisme qui met la vie des autres en péril. .VDL devrait être virée !

  6. S’il n’y avait que la viande, encore ca irait? Pour avoir vécu au Brésil, le but n’est pas l’écologie mais le profit. D’ailleurs tous les Brésiliens sont pour la déforestation parce que les arbres produisent du gaz carbonique la nuit… C’est bien Joli de signer des accords mais faut il encore savoir avec qui on les signe. Lula est de gauche, l’écologie est de gauche en France donc que pensent les gauchistes de la déforestation ? Peu importe le pays, le gauchisme est une maladie mentale…

    • Les gauchos sont écolos quand ça les arrange, genre écologie punitive, mais la déforestation ça leur passe très haut au-dessus de leur cerveau rabougri.

  7. « La mesure entrera en vigueur jeudi 3 septembre. Elle pourrait s’étendre aux volailles (et à leurs œufs), ainsi qu’au miel, si les audits en cours les concernant, attendus pour vendredi, s’avéraient négatifs. Suspectés de ne pas respecter les règles sanitaires en vigueur dans l’UE, les producteurs brésiliens concernés mettraient notamment sur le marché des produits contenant des antibiotiques. »

    C’est verbe « d’action « utilisé pour cette phrase qui est lunaire  » le verbe pouvoir ! …
    L’Agriculture française a été sacrifiée depuis des décennies par les coucous poly-tocards qui ont vendu « à la découpe » le cadavre FRANCE ! …

  8. Mme von der Leyen a-t-elle caviardé aussi les accords Mercosur comme pour le vaccin Covid ? On a le droit de commencer à douter de son honnêteté …

  9. Acheter local, on a ce qu’il faut en France, quitte à payer un peu plus cher .. mais pas cher quand on risque l’empoisonnement avec des produits d’importation … sans aucune garantie …

    • Entièrement d’accord. Même moi qui ai peu pour vivre, je privilégie la production française. Comme viande je ne consomme que du poulet et de la dinde de Loué, les œufs aussi et si je n’en trouve pas, je prends des œufs de plein air de Dordogne (je vis dans le Lot),

    • Mais la majotité des élus europeens ont signé ?? et ce n’est que le commencement d’une longue importation de tous les produits..tant que l’on nous oblige pas à les manger ???

    • Les Français devraient comprendre qu’acheter un peu plus cher des produits sains, c’est mieux qu’acheter pas cher des produits frelatés et dangereux, qui les obligent ensuite a utiliser l’économie ainsi réaliser à payer le médecin et les médicaments pour se soigner, alors qu’ils sont de moins en moins remboursés…

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