Editoriaux - Histoire - Politique - Société - Table - 16 novembre 2014

L’UDI a un chef, la France désespère de trouver le sien

L’élection de M. Lagarde à l’UDI est une péripétie minuscule mais, dans un contexte délétère, elle apporte son écot à la défaite du jeu politique français. En l’absence de tout autre enjeu que les oripeaux du pouvoir et l’apparence de son exercice, ne surnage plus, du marigot médiatico-politique, que l’affairement égotiste des uns et les fricotages des autres, pendant que le pays sombre.

Lagarde vainqueur d’un concours de circonstances, Morin sous-marin défait, un quarteron de notables d’antan tireurs de ficelles : cet imbroglio de micro-partis et de personnages qu’est le “centre”, ce milieu de nulle part, montre son évanescence. Il ne survit que parce que notre Constitution oblige tout parti de gouvernement à des alliances ; il est sinon superflu car il représente la politique qui l’a emporté à “droite” et à “gauche”, qui s’impose comme la “seule possible” – une anti-politique –, dont le cœur est l’abandon de notre souveraineté et la soumission à une gouvernance oligarchique mondialisée, dans le déni du pays, de son histoire, de son destin.

C’est pourquoi il agit comme le Triangle des Bermudes de la politique française. Or, tous y accourent. Juppé vire même à gauche, pour complaire à la médiacratie qui l’a adopté : il ne voit que difficultés sociales dans les suites de l’immigration massive, il promeut la folle concurrence des civilisations sur notre sol et, “après mûre réflexion”, il se dit “favorable à l’adoption par un couple de même sexe” ! Bayrou, pourtant son allié officieux, esquisse un pas de deux avec Valls, lequel louche de ce côté pour y entraîner ce qui restera sous peu du PS, en vue d’une “grande” coalition. Pendant ce temps, l’inutile Fillon se prend les pieds dans ce tapis, et Sarkozy peine à faire croire une nouvelle fois à ses tours de bateleur : c’est qu’il doit marquer Juppé sur sa droite mais au final se faire élire lui aussi… au centre. Tous convergent vers la même chimère, dans l’oubli du peuple. Quant à Marine Le Pen, elle amorce son grand virage vers l’eau tiède, condition supposée sine qua non d’une accession au pouvoir – sur fond de gauchisation chevènementiste de plus en plus prononcée – tout en voulant ignorer qu’elle n’y parviendra pas sans alliance de second tour ! L’anecdote Lagarde s’inscrit dans ce cirque électoral déraisonnable.

Les partis en lice pour 2017 se déchirent, la société est hautement inflammable, les crises confluent, l’économie est au bord du décrochage, l’État en faillite, le pays en guerre civile larvée, et la donne politique est désormais imprévisible. Le peuple français connaît ses maux, même s’il n’a pas droit aux mots qui les diraient ; il se doute du piège mortel dans lequel sa France est bien près de tomber, mais un abîme se creuse entre les raisons profondes de sa colère et les positions (ou les ambiguïtés) et les manœuvres de tous les partis, FN compris. Le corps politique légitime bute dangereusement sur l’introuvable traduction de ce qu’il éprouve et désire.

Il faut que nos concitoyens cessent d’être spectateurs de cette situation et trouvent le moyen de peser sur tous les appareils politiques et leurs apparatchiks, afin de les forcer à écouter le pays réel.

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