Sans doute la pratique existe-t-elle depuis le XIIe siècle et la fondation de la Sorbonne. En tous les cas, nous avons tous connu des premiers de la classe qui arrondissaient leur argent de poche en faisant les devoirs de quelque cancre. La pratique était jusqu’à présent marginale parce qu’artisanale. Mais le numérique a changé la donne. Aujourd’hui, on ne triche plus au bac en cachant des antisèches dans sa trousse mais en surfant sur Internet, sur son téléphone portable, et on cherche sur les forums le sujet de dissertation de philosophie à rendre le surlendemain. Le ministère a bien fait mine de combattre le phénomène, en disséminant quelques détecteurs de téléphones dans les centres d’examen, mais leur inefficacité est patente. Mais, en vérité, peu s’inquiètent, en dehors des professeurs, de ce phénomène dans le secondaire, tant on sait la valeur du aujourd’hui.

Ce qui est nouveau, c’est que la triche numérique touche maintenant l’université et que des entreprises, sur le modèle d’Uber ou de BlaBlaCar dans le transport, rationalisent la pratique. Studizen propose aux étudiants d’échanger leurs cours, leurs fiches, leurs devoirs. Certains les vendent (les forts en thème désargentés), les autres les achètent. Les universités s’en inquiètent. Déjà, des logiciels permettent de vérifier si la thèse présentée à Marseille n’a pas déjà été soutenue à Lille. Mais vérifier chaque devoir va être plus compliqué. Au risque de voir la formation universitaire, déjà dépréciée, mise un peu plus à mal.

Mettre en cause la technologie ne sert à rien. Non seulement parce que les contre-mesures seront toujours en retard sur ses progrès, mais surtout parce qu’elle n’est que le symptôme d’une cause plus ancienne. L’accès très large au baccalauréat (plus de 87 % cette année) fait entrer à l’université pléthore d’étudiants qui n’ont pas le niveau pour y réussir. Cela entraîne une explosion des coûts, et un taux d’échec supérieur à 50 %. De ce fait, les aides aux étudiants sont un saupoudrage qui, s’il peut satisfaire le jeune pour qui étudiant n’est qu’un statut intéressant, sont insuffisantes pour les vrais étudiants. Ceux-ci, s’ils sont issus de classes sociales défavorisées, peuvent être tentés de monnayer leur travail universitaire auprès de leurs camarades moins doués (ou moins travailleurs) mais plus argentés. Contrairement à un travail dans un fast-food, ça n’empêche pas d’assister aux cours et c’est plus valorisant.

Si le attestait de la réelle capacité à suivre des études supérieures, ou si les universités, sur le modèle anglo-saxon, pouvaient sélectionner leurs étudiants, de telles pratiques seraient marginales et n’intéresseraient pas une entreprise. C’est la dévalorisation du bac et la massification concomitante des universités qui sont en cause. Il est douteux que le ministère fasse quoi que ce soit pour remédier à cela. Ce serait remettre en cause la politique qu’il suit depuis des décennies. Quant aux étudiants désargentés qui ne peuvent ni suivre les cours parce qu’ils travaillent, ni les acheter, qu’ils fassent de la politique. Ils pourront, comme madame Fioraso, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, prétendre avoir un diplôme qu’ils ne possèdent pas.

12 août 2015

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