Editoriaux - Politique - Réflexions - 1 juin 2019

LR à la croisée des chemins : trumpisation ou macronisation ?

État d’urgence dans la droite dite « républicaine » ! De jeunes élus LR ont fait paraître, le 30 mai, une tribune sur les réseaux sociaux, dont la déclaration suivante : « Notre droite est une droite populaire, crédible, sincère, enracinée. Celle qui n’a pas oublié les grands enseignements du général de Gaulle, les réussites de Georges Pompidou, la sincérité de Jacques Chirac, l’audace de Nicolas Sarkozy. Le temps est venu de fabriquer des idées, audacieuses, nouvelles. » En réalité, ils menacent leur président, Laurent Wauquiez, de claquer la porte du parti. C’est le début d’une implosion qui fait suite au score lamentable recueilli par LR à la récente élection européenne : 8,5 %, soit moins de 2 millions d’électeurs. Il serait temps d’essayer de comprendre les raisons sociologiques de cet effondrement idéologique.

Sur la base de la Manif pour tous de 2013, la droite libérale-conservatrice avait trouvé une voie de sortie pour dépasser des contradictions internes : épouser pleinement la troisième mondialisation (financière et numérique) tout en refusant une libéralisation excessive des mœurs. François Fillon avait tablé sur cette perspective pour battre ses adversaires, un à un, aux « primaires de la droite et du centre » qui s’étaient tenues en vue de l’élection présidentielle de 2017. Parmi ces derniers, il y avait l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy qui avait, lui aussi, réalisé son accession à la plus haute magistrature (2007-2012) à partir de la perspective de choc des civilisations pensée par Samuel Huntington (1927-2008). En politique intérieure comme en politique extérieure, l’esprit de la droite française devenait, d’ores et déjà, néoconservateur, c’est-à-dire néo-évangéliste.

Ne sachant pas où habiter entre le capitalisme et le christianisme, notre droite idéologiquement protestantisée ne pouvait que devenir nord-américaine. Alors, la synthèse toute sarkozienne entre l’économicisme, le gaullisme social et le maurrassisme devait faire son temps. Fillon avait, justement, pensé pouvoir se débarrasser de tout projet social. De fait, « affaire Penelope » ou pas, la droite libérale-conservatrice devait se dissoudre : obligée de ne pas se couper de la franc-maçonne technocratie, elle ne pouvait conserver les voix populaires durablement. Gérard Larcher (l’actuel président du Sénat) ou Xavier Bertrand (l’actuel président de la région Hauts-de-France), même combat !

Après la crise des gilets jaunes, peut-on sincèrement faire, en France, l’économie de la lutte des classes ? En l’occurrence, les bas salaires sont marinistes depuis 2012, alors que les hauts salaires – sarkozistes en 2007 – sont volontiers macronistes depuis 2017. À l’évidence, la fracture entre l’amour, de nature libéral-libertaire, et l’angoisse, d’essence identitaire, tend à se creuser indéfiniment. Pis encore : cette angoisse finit par prêter le flanc à la critique, voire à la caricature… Dans tous les cas, LR implosera. Beaucoup ont déjà fait allégeance à Macron alors que peu cherchent encore un Trump à la française. Parce que, comme le dit Nietzsche : « L’homme est un animal qui vénère ! »

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