Editoriaux - International - Table - Union Européenne - 15 septembre 2015

L’outrecuidance teutonne

Ils se sont toujours crus les plus forts et se sont toujours imposés sans vergogne. Par deux fois, il a fallu leur flanquer une raclée pour faire cesser l’Apocalypse dont ils ont été, chaque fois, les initiateurs. Et aujourd’hui, ils n’ont encore rien compris – c’est à croire que c’est dans leurs gènes. Il est vrai, d’ailleurs, que les autres pays européens – France la première – ont pris la fâcheuse habitude de se mettre à genoux devant eux, confirmant de la sorte leur propension à se croire les maîtres.

Sans demander évidemment quoi que ce soit à leurs partenaires, convaincus, après avoir été, il y a peu, les disciples disciplinés du diable et se croyant aujourd’hui les apôtres admirables de la charité chrétienne, ils ont ouvert grandes leurs portes au flot incessant de ces milliers et milliers de migrants qui confondent l’ouest avec le sud, se fichant éperdument de savoir qu’ils ouvraient finalement les portes de toute l’Europe.

Aujourd’hui, s’étant aperçus tardivement de leur erreur inconsciente, les voilà, eux qui hier encore avaient l’air hautain et donnaient des leçons de fausse compassion – fausse mais aussi hypocrite parce qu’elle ne sert qu’à leurs intérêts économiques égoïstes -, qui ferment leur frontière avec l’Autriche et qui, de surcroît… osent donner des leçons aux autres pays européens leur reprochant leur frilosité. Et ce n’est pas tout : les voilà aussi maintenant persuadés d’être les maîtres de l’Europe, par la voix de leur ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, qui parle de réduire les fonds structurels que verse l’Union européenne aux pays membres, mais principalement de l’Est, qui ne veulent pas entendre parler de quotas. Mais si ces pays se raidissent dans leur conviction, c’est parce qu’ils sont beaucoup plus réalistes et qu’ils constatent que la liberté poussée dans ses extrêmes finit toujours par devenir licence. D’ailleurs, les faits leur donnent raison. Et pourquoi ces mêmes pays devraient-ils être victimes du fait que celui de madame la chancelière n’est plus capable de faire des enfants ?

Le fond du problème, en fait, c’est que, pour n’avoir pas mesuré préalablement les conséquences de leur décision unilatérale, les Allemands qui, dit-on, ont le sens inné de l’organisation, maintenant s’affolent et se dérobent devant la réalité qui les tient à la gorge, et cela, seulement quelques jours après l’arrivée sur leur sol des premiers migrants. L’Allemagne n’est soudain plus la Terre promise. Leur inconscience de surhommes ressemble à ces rivières cévenoles qui, sous les pluies incessantes, ont grossi brutalement, provoquant des dégâts d’une ampleur jusque-là jamais vue et qui se retirent avec la même soudaineté qu’elles étaient arrivées. Mais il est à craindre que leurs dégâts à eux soient irrémédiables, non seulement pour eux mais aussi pour leurs voisins.

Ce n’est pas difficile de tourner le problème et de demander aux autres qu’ils paient vos propres inconséquences. Il est vraiment temps, maintenant, de taper du poing sur la table et de rappeler à ce pays qu’il fait partie d’un club et que les règles de ce club ne doivent pas être dictées par un seul de ses membres – ne nous avait-il pas d’ailleurs fait le reproche du “diktat de Versailles” ? – mais par tous, après concertation, et qu’il n’a pas à donner de leçons, surtout quand les événements montrent qu’il a agi dans la précipitation.

Le temps est donc venu d’oublier le “Deutschland über alles” et de privilégier le “Europa über alles”. À ce moment, seulement, on pourra parler d’unité européenne.

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