Le , ses longues plages de sable fin, ses souks qui fleurent bon le thé à la menthe, sa musique envoûtante, ses dunes de sable brûlant dans le désert et… ses mœurs.

Avant même la diffusion du film Much Loved dans son pays natal - sorti en France en septembre 2015 - l'une de ses héroïnes, Loubna Abidar, en a fait cruellement les frais. C'est qu'au Maroc, on ne badine pas avec la prostitution – interdite sur le territoire -, l'histoire de quatre jeunes femmes vivant de leurs charmes ayant eu comme conséquence son interdiction dans le royaume. Par un ministre qui ne l'avait pourtant pas vu. Le motif ? Le film donnait "une image dégradante de la femme". À tel point que les histoires d'héroïnes qui "débordent de vie, de combativité, d'amitié l'une pour l'autre, de rage d'exister" -c'est la vision des personnages que la jeune Loubna confie au Monde-, déclencheront dans le pays une véritable cabale à son encontre.

"Rien n'a calmé la haine contre moi", raconte la jeune femme, sur les réseaux sociaux comme dans la population, la violence est allée crescendo. Jusqu'aux menaces de mort et une agression physique, le 5 novembre, à Casablanca, par trois jeunes hommes éméchés qui, reconnaissant l'actrice, la roueront de coups.

Le pire, après semblables violences ? Les rires des médecins et des policiers à qui elle s'est adressée. Au Maroc, donc, dans des corps de métiers censés soigner et protéger les citoyens, des individus peuvent se moquer en toute impunité d'une jeune femme violemment agressée, dont le seul tort a été de jouer un rôle de prostituée. Au Maroc, les convictions personnelles et religieuses prévalent ainsi sur le devoir de porter secours. Au Maroc, "les femmes libres dérangent, les homosexuels dérangent, les désirs de changement dérangent", dénonce Loubna. 

Et cela devrait nous étonner de la part d'un pays islamique ? Mohammed VI, le Commandeur des Croyants, à l'occasion de la fête du Trône, le 30 juillet 2015, ne tergiverse certes pas avec les valeurs de son pays qu'il "ne tolérera aucune atteinte à ses institutions ou à la dignité de ses citoyens". Et de rappeler chacun de ses sujets à son "devoir patriotique et religieux" ainsi que "de demeurer attaché au rite sunnite malékite que les Marocains se sont choisis de bon gré et transmis de père en fils". En phase avec leurs principes, les hommes qui ont ri au nez de Loubna ?

Alors, Loubna l'a décidé, elle aime son pays mais elle le quitte. Parce que sortir de chez elle en burqa pour éviter les agressions, ce n'est pas une vie. Parce qu'avoir été abandonnée par beaucoup de ses amis lui fait trop de peine. Parce que lui interdire de parler de ces petites filles à qui on n'apprend ni à lire ni écrire mais à compter sur "un homme riche qui les emmènera au loin", lui est insupportable.

Le Maroc, un pays musulman modéré, vraiment ? 

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12 novembre 2015

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