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Editoriaux - Politique - Santé - Société - 24 juillet 2015

Le long chemin de Vincent Lambert

Une Cour suprême, le Conseil d’État, ne l’avait pas jugé digne de rester en vie. Une autre Cour, qui se prétend plus suprême encore, la Cour européenne des « droits de l’homme », avait confirmé cette décision. Ces deux juridictions avaient refusé de voir la réalité : n’est pas en fin de vie. n’est pas mourant. a le droit de vivre. Il a droit à l’alimentation. Il a droit à l’hydratation.
 
C’est un combat judiciaire, moral et politique sans précédent.
 
Sans précédent puisqu’il nous met en face d’un acharnement qui n’est pas thérapeutique, mais médical et judiciaire. Un acharnement de médecins et de juges contre un homme en situation de détresse. L’acharnement contre un homme qui n’est rien sans ses protecteurs. Un acharnement de personnes qui ne voulaient pas de ce que cet homme a en lui, c’est-à-dire la vie, la faible vie, la vie qui ne peut plus s’exposer ; la vie qui aurait dû être défendue, protégée contre tous les dangers par ces personnes qui firent pourtant tout le contraire.
 
Sans précédent puisqu’il montre à quel point la lutte mérite d’être menée. Le médecin qui aujourd’hui s’en remet au ministre, ce médecin qui a refusé de rendre une nouvelle sentence de mort, ce médecin qui offre une chance à Vincent Lambert, une victoire à ceux qui se sont battus pour sa vie, ce médecin-là n’avait pas le choix. Il avait déjà soutenu les partisans de l’euthanasie. Il avait déjà participé à l’acharnement contre Vincent Lambert. Ce médecin était parvenu à un degré tel de partialité qu’il n’avait pas d’autre choix. Il aurait pu décider de transférer Vincent Lambert dans un des établissements prêts à l’accueillir. Il a préféré transmettre le dossier au ministre. Il n’avait d’autre choix.
 
Deux juridictions suprêmes et leurs arrêts plein de certitudes : démentis. Des médecins ayant tout fait, tout mené pour arriver au bout de Vincent Lambert. En vain.
 
Tel le résultat de cet acharnement.
 
N’y a-t-il pas quelque chose d’étonnant ? N’y a-t-il pas quelque chose de frappant à voir cette vie cheminer, à voir cette fragile vie persévérer malgré tous les pièges qu’on lui tend ? N’y a-t-il pas quelque chose d’inattendu, d’imprévisible, d’insondable dans cette vie, faible et précaire, qui surmonte tout, même la privation d’alimentation infligée par ces médecins au cours des 31 jours du premier référé ? Au fond, n’y a-t-il pas quelque chose d’inintelligible et, à la fin, d’émouvant dans cette vie qui persiste malgré le sort qu’on n’a cessé de lui promettre de médecin en médecin ?
 
N’y a-t-il pas quelque chose de mystérieux dans cette vie, quelque chose qui devrait inspirer le doute, l’humilité, une infinie humilité ? Beaucoup de gens souffrent ; personne ne leur a jamais enlevé le droit de solliciter leurs proches, aux confins de la mort, en vue de hâter cette dernière. Nous sommes mal équipés, nous autres, pour qualifier les douleurs. Ne serait-ce que pour les imaginer, les concevoir. Alors le droit se contente de designer ce dernier moment sous le qualificatif de « fin de vie ».
 
À ce jour, Vincent Lambert n’a jamais été « en fin de vie ».
 
Espérons toutefois qu’il soit, une fois pour toutes, arrivé à « la fin » de cet acharnement. C’est ainsi que le ministre de la Santé Marisol Touraine a déclaré dans un communiqué que les conditions de sécurité et de sérénité n’étaient pas réunies pour prendre une décision d’arrêt de la nourriture et de l’hydratation de Vincent Lambert.

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