Les séries télé de science-fiction dans le genre Fringe ou Plus belle la vie seront vite démodées au rythme où va le monde ! L’affaire des poubelles « intelligentes » qui secoue en ce moment la Grande-Bretagne en est l’exemple frappant. Qui eût cru que l’on devrait un jour se méfier de ces inoffensifs récipients ?

Ainsi, à Londres, installées lors des derniers Jeux olympiques, les rutilantes poubelles aux allures de juke-box espionnent-elles sans vergogne les passants, via leur connexion Wi-Fi.

On nous assure que ce mobilier urbain ultra design peut résister à l’explosion d’une bombe déposée par un vilain Tchétchène. Seulement voilà, en plus de donner les prévisions météo ou… les cours de la Bourse, informations d’une grande utilité quand vous vous baladez à Londres, les lointaines fillettes du préfet Poubelle lorgnent vicieusement sur vos données personnelles. « En l’espace d’une semaine en juin, elles ont enregistré plus d’un demi-million de téléphones », assure Le Figaro. Renew, la qui a enfanté ces gentils monstres, souligne que ces poubelles « fournissent une vision sans précédent (…), le temps passé dans un endroit, les centres d’intérêt des utilisateurs de smartphones. Cette technologie pourrait permettre de cibler des campagnes publicitaires en fonction, par exemple, du temps passé dans les commerces. »

Ou comment faire passer le flicage général sous couvert d’une simple approche marchande. Pour le moment, c’est sans doute trop tôt. Les rosbeefs, historiquement très chatouilleux en ce qui concerne la protection des libertés, ont poussé une belle gueulante et saisi les autorités pour que les intrus électroniques retournent à la chaîne de montage.

Interrogé par TV5 Monde, Jérôme Thorel, journaliste membre de l’ONG Privacy International, fait le parallèle avec la tentative avortée à il y a quelques années : « La RATP avait prévu des écrans géants équipés de caméras qui repéraient le et l’âge des passants, pour envoyer par Bluetooth des offres commerciales après accord des utilisateurs. »

Et le même d’ajouter : « Je ne veux pas dire que le combat est perdu, mais en même temps, on est baigné dans un océan de double suggestion. Pour les fichiers administratifs, par exemple, vous pouvez refuser de donner vos informations, mais dans ce cas, vous n’avez pas vos allocations. Il y a maintenant énormément de droits qui sont tributaires du fichage, du ciblage et du profilage. »

La différence entre un État de droit et un État totalitaire ? Dans le second, votre vie privée est un lointain souvenir. Certes, la révolution.com est extraordinaire, car via l’interconnexion généralisée, le citoyen qui le veut peut s’affranchir de l’information officielle. Mais si l’on n’y prend garde, l’interconnexion peut, a contrario, nous priver de toute réelle… La sale odeur de cette histoire de poubelles n’est rien à côté de ce qui nous attend. Bouchez-vous le nez !

20 août 2013

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