Editoriaux - International - Politique - 25 juillet 2015

Si l’on parlait de ceux qui s’engagent contre l’État islamique ?

“Vers l’Orient compliqué je volais avec des idées simples”… Depuis un an, des Français ont pris les armes et rejoint les groupes qui combattent l’État islamique. Mais où sont les Malraux, les Cendrars ? À quand des Brigades internationales structurées, organisées, avec des moyens alloués ?

La comparaison s’arrête là. Nous avons tous sur les lèvres les noms de grands intellectuels ou d’hommes politiques d’aujourd’hui, illustrés dans des conflits récents et qui ne lèveront pas le petit doigt pour cette cause. C’est dans un silence de plomb et une grande solitude que ces courageux français se sont engagés bénévolement.

Sans l’appui d’une farouche mobilisation politique, la tâche des volontaires internationaux est titanesque. Il serait stupide de comparer la capacité de recrutement de l’État islamique, qui attire des milliers de candidats francophones, et celle des quelques-uns qui sont partis dans le camp d’en face. Le combattant djihadiste est rémunéré, de l’ordre de 600 dollars mensuels. Son budget, assis sur la contrebande pétrolière, avoisinerait les 2 milliards annuels. Environ la moitié serait consacrée à la guerre. À titre de comparaison, c’est le budget d’un pays européen comme la Hongrie ou la Roumanie. L’État islamique dispose d’une langue et d’une loi commune : le Coran et l’arabe. Le front anti-djihad, lui, est pauvre et disparate. En Irak, ce sont les chiites qui fournissent l’essentiel des combattants volontaires. Un bataillon chrétien a été créé par l’armée irakienne, et une milice s’est fait connaître en recrutant quelques Américains. En Syrie, la lutte est conduite par les Kurdes au nord et le Hezbollah à l’ouest.

La communauté des « chrétiens d’Orient », si elle est unie sur Facebook, est divisée sur le terrain. Très peu nombreuse, elle se paie le luxe de querelles picrocholines, à l’image des mille groupuscules de la droite nationale en France. Par exemple, en Syrie, les deux principales milices ont deux sensibilités différentes : pro-Bachar pour l’une et anti-Bachar pour l’autre. Comme tout le monde se connaît… cela ne facilite pas leur intégration politique, car ils sont vus par les deux camps comme peu fiables. Dans cet Orient compliqué, chaque communauté a son agenda politique, qui ne coïncide pas avec les réalités et se traduit parfois par des affrontements et toujours par une violence politique larvée. Sans parler des rivalités de prélats.

Les Français, qui sont sensibles à la question, sont en fait un peu démunis. La dernière génération qui a reçu une instruction militaire est, aujourd’hui, âgée de 40 ans. Les filières d’acheminement sont amateurs et les pays voisins pas accueillants du tout pour les recrues étrangères. Les milices locales privilégient un recrutement ethnique dans leurs diasporas respectives, pour des raisons de cohésion des groupes, mais aussi de politique (réimplanter, lever des fonds). La barrière de la langue est aussi là : il n’est pas simple de coordonner un combattant individuel de base ou un tout petit groupe isolé avec une milice à la structure informelle. Sur place, difficile d’avoir les bons accès. C’est l’anecdote de cet Américain parti combattre qui, arrivé sur place, se fait planter par son contact. Lâché dans la nature, il se débrouille en baragouinant pour trouver au bout de 3 jours une antenne de la milice qu’il voulait rejoindre.

Aujourd’hui, nous devons rendre hommage à ces hommes pour leur engagement et leur détermination. Mais aussi porter un regard lucide et sans concession sur les réalités du terrain. Notre seul levier est de mettre la pression sur le politique pour que ces initiatives soient soutenues et appuyées pour être pleinement efficaces. A défaut, elle seront simplement glorieuses.

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