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Editoriaux - Histoire - Politique - Religion - Société - Table - 4 septembre 2015

Que l’on cesse donc de sermonner l’Église catholique !

L’église catholique est décidément bonne fille !

Parce que Marion Maréchal-Le Pen a été invitée à participer à une table ronde de deux heures, en compagnie d’autres personnalités, sur "l’engagement chrétien en politique" dans le cadre de quatre jours consacrés à "la vérité", quel émoi !

C’est l’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, qui a eu cette initiative au nom de l’Observatoire politique de ce diocèse, dans un département où le FN suscite l’adhésion de 40 % de l’électorat.

L’église catholique est tout de même trop complaisante à l’égard des procès injustes qu’on lui intente alors qu’en l’occurrence on devrait la remercier pour avoir organisé un tel débat sur un thème aussi passionnant que peu traité.

Mgr Rey a dû se justifier (…)

Cela apparemment n’a pas suffi puisque la Conférence des évêques de France, subtilement, a donné l’impression de se désolidariser de cette démarche pourtant légitime.

Il n’est jamais inutile de rappeler, même si ces considérations sont négligées, que le FN n’est pas interdit (…)

Il n’est pas non plus sans intérêt de souligner que l’électorat catholique est divisé et que, s’il y a au sein de celui-ci une vision irénique de gauche, sa majorité le porte à soutenir des positions et des projets qui renvoient à une vision conservatrice de la société et à une conception structurante de la loi.

Il est donc pour le moins normal qu’il y ait autant de familiarité intellectuelle et politique de l’Eglise avec le FN qu’avec les autres partis qui s’opposent à lui.

Je n’ai pas aimé la manière dont certains ont questionné – à la place des catholiques concernés qui ont encore le droit de penser, de sentir et de choisir librement – les problèmes de conscience, d’éthique et les exigences de la foi. Si les catholiques se gardent bien de donner des leçons, ils n’ont pas non plus à en recevoir (…).

L’Église catholique n’a pas à être sermonnée sur le plan religieux. Elle n’a pas davantage à se voir dicter sa conduite en politique.

Les valeurs de l’Évangile, qu’on lui enjoint de respecter en se servant, par exemple, des propos progressistes mais non idéologiques d’un pape dont on conteste par ailleurs la constance et la fidélité pour le dogme, sont une lumière mais elles ne sont pas l’action. (…)

L’Évangile n’est en aucun cas un alibi pour ne rien faire, évacuer le réel ou développer une mansuétude jusqu’aux pires extrémités. (…)

Comme les leçons de l’Évangile sont, malgré les apparences, d’une tonalité équivoque, dure ou douce, elles n’induisent rien d’automatique et la morale religieuse ne fait pas nécessairement une politique morale. (…)

À y bien réfléchir, il est un champ dans lequel les valeurs et les principes de la religion auraient du sens. Non pas le fond mais la forme. Il y a une manière honnête, honorable, loyale, sincère, exemplaire de conquérir le pouvoir et, je ne suis pas naïf, une manière imprégnée des mêmes qualités pour l’exercer. (…)

Le laxisme dogmatique de Christiane Taubira fait du bien à quelques-uns mais fait du mal à la société tout entière. Quand l’Évangile est-il vraiment respecté dans son esprit ? (…)

Encore une fois, l’Église catholique est un bouc émissaire idéal. Quand on n’a plus rien contre elle – le formidable Pape François a changé la donne -, on trouvera toujours une première page du Monde pour faire d’un exercice démocratique évident une catastrophe ou l’annonce d’un bouleversement. (…)

On va aboutir à ce saumâtre paradoxe que, plus le FN va monter dans l’électorat – la médiocrité du pouvoir et de son opposition en sera responsable – et plus ce parti va se purifier éthiquement (…), moins il conviendra de le fréquenter.

Ce serait une tragique ironie de notre histoire que le FN parvienne au pouvoir sans avoir été vu ni rencontré, ostracisé par tous sauf par les électeurs.

Extrait de : L’Eglise catholique n’a pas de leçons politiques à recevoir….

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