Après trois ans d’enquête, les magistrats instructeurs ont notifié la fin de leurs investigations dans le volet principal de l’affaire du Mediator. Le Ministère public devrait rendre son réquisitoire définitif avant les vacances d’été… et un procès se tiendra en principe au premier semestre 2015. La Justice suit donc son cours et le nouveau président du laboratoire pharmaceutique Servier, après le décès de son fondateur, a confirmé que le groupe « assumera (ses) responsabilités »… si responsabilités il y a !
Pour les médias, et donc pour une grande partie de l’opinion publique, la cause est entendue. Forcément entendue. Avant même les résultats connus de ces investigations et plus encore que la Justice ait tranché. Pourtant, prévient le nouveau patron de Servier le « dossier est très complexe parce qu’il est scientifique et on regarde souvent le passé avec les yeux d’aujourd’hui. »

Le passé, justement, si on en parlait, au-delà de cette stricte affaire du Médiator dont c’est tout de même à la Justice, et à elle seule, d’établir la vérité.

Depuis Mai 68, dont les événements ont lourdement concerné les facultés de pharmacie (individualisées à la rentrée de 1969 : jusque-là, il s’agissait de facultés mixtes de Médecine et Pharmacie) plus encore que de médecine, il est de bon ton de baver sur l’industrie pharmaceutique, souvent de façon caricaturale, comme la revue spécialisée Prescrire, authentique revue de nihilistes, dont les collaborateurs, jugeant trop souvent sans avoir eux-mêmes l’expérience des médicaments, dénigrent avec obsession des médicaments utilisés pourtant quotidiennement avec succès… S’il leur arrive, bien sûr, de taper juste, une fois de temps en temps, l’excessivité habituelle de leurs propos trompe malheureusement une opinion facilement impressionnable.

Le Dr Plouvier a passé 41 années à soigner des patients et a même enseigné la pharmacologie durant l’année universitaire 1976-77 (soit l’étude des propriétés des médicaments). Lui a une vision assez diamétralement opposée et rend justice au travail des laboratoires pharmaceutiques : « Les médecins réellement soignants et pas seulement “causants”, ont assisté à une fabuleuse explosion des possibilités thérapeutiques. Il ne s’agit pas d’une “révolution”, puisqu’il n’y a pas eu de retour en arrière, mais d’une explosion avec un maximum d’efficacité… et avec peu de ratés (soit les conséquences d’expertises médicamenteuses mal faites par les universitaires à qui elles étaient confiées et qui, comble de non-sens, étaient payés pour cela, alors que pharmacologues et “experts-cliniciens” des facs sont déjà payés par l’État pour travailler ; seul l’État aurait dû toucher l’argent des expertises médicamenteuses)… Rappelons tout de même que, jusqu’au milieu des années 60, il n’y avait strictement rien pour soigner les infarctus en dehors de l’héparine ; à partir des années 1975 sq, les médicaments étaient devenus d’une rare efficacité… De même, en 1981, les premiers sidéens mouraient tous ; aujourd’hui, la trithérapie leur offre une durée de vie quasi-normale. »

Tous les dirigeants de laboratoires pharmaceutiques ne sont donc pas des Bernard Madoff en puissance et s’ils gagnent beaucoup d’argent, cela peut être aussi pour avoir sauvé des millions de vies.

« Au total, les années 1970-2010 ont vu une authentique transformation de la science thérapeutique, avec peu de ratés en comparaison de l’énormité des succès », insiste encore le Dr Plouvier.

Partager

À lire aussi

Ebola : peut-on vraiment parler de pandémie ?

La Commission européenne a mobilisé 2 millions d’euros supplémentaires en juillet dernier.…